La vache!
20 février 2026Troisième stabulation de La révolte des vaches. Encore la vache! me direz-vous. Alors que le lait maternisé pose problème, pourquoi ne pas revenir à ce que certains appellent les « fondamentaux », et avoir les quatre pattes sur terre?
Du côté des vaches on parlementa sous la supervision de Veronika que l’on avait invitée à venir d’Autriche en France au nom de l’Europe. Les animaux à ce propos, s’organisaient mieux que les hommes. Les vaches débattirent en toute démocratie ; elles trouvèrent le parfait équilibre entre les compétences, les races, les générations pour s’insurger contre le sort qui leur était fait. Avec beaucoup de pertinence, elles dirent que les humains fabriquaient de moins en moins d’enfants, souffraient de plus en plus de solitude, adoptaient des animaux de compagnie inutiles. Qu’elles – mêmes finissaient à l’abattoir après une vie de bons et loyaux services, que leur cuir devenait chaussures , vêtements ou canapés.
Au palais de l’Élysée le Président avait fait virer coussins et canapés en cuir. Il reçut pieds nus les quadrupèdes et le bon lait crémeux qu’ils lui offrirent, les écouta, fut sensible à leurs arguments. On veilla à la ponctualité des trains et les vaches en furent rassérénées.
Mais surtout on établit pour les vaches le statut d’animaux de compagnie. Elles donnèrent alors un lait onctueux, crémeux à souhait. Les trains arrivèrent à l’heure. Les humains apprirent à se passer de steak, d’entrecôte, de filet et de tête de veau. La cuisine redevint inventive ; souvent les contraintes poussent à la création.
La révolte des vaches entraîna celle de tous les animaux. Le dindon ne voulait pas être celui de la farce. Poules et cailles dénoncèrent l’appropriation culturelle qui n’interdisait pas qu’on les mangeât alors que l’on susurrait à l’oreille de l’être aimé : « Ma poule, ma caille. » Les chats et les biches suivirent. Il fallut revoir tout le vocabulaire amoureux dans lequel les astres, les étoiles remplacèrent les animaux. Le ciel était loin, que pouvait-il faire à moins de tomber sur la tête des Gaulois ?
Mais le Français moyen n’apprit que bien plus tard ce que les vaches avaient obtenu en plus des accords rendus publics, l’abandon du Grand Remplacement dont les lignes qui suivent donnent un aperçu.
« Une solution, la vache électrique
S’inspirant de la voiture électrique moins polluante que la voiture traditionnelle, les scientifiques travaillent à la mise au point de la vache électrique. L’élevage en batterie n’a pas donné les résultats escomptés. La solution serait une vache équipée d’un appareil digestif artificiel. On s’inspire en la matière des œuvres de l’artiste Wim Delvoye, plus particulièrement de Cloaca capable de reproduire le processus digestif. Il serait envisageable de maîtriser celui-ci afin qu’il n’émette aucun déchet pour une consommation électrique négligeable. En attendant, un hublot de 15 centimètres de diamètre équipe certaines vaches afin d’en étudier la digestion.
La vache propre
Le Cloaca de Wim Delvoye deviendrait une vache électrique anti Cloaca puisque sans bouse aucune. Équipée d’un circuit réfrigérant approprié, la vache du futur participera même au rafraîchissement de la planète. Dès la traite, son lait sera à température de conservation idéale. De grands constructeurs cherchent à utiliser dans le secteur bovin la technologie développée pour les automobiles. Les véritables enjeux de « l’affaire Carlos Ghosn » ne relèveraient pas de dépenses somptuaires mais toucheraient à des secrets industriels.
Changement de paradigme bovin
À l’image de ce qui se passe dans les pays bouddhistes, on pense voir un jour des vaches déambuler en toute liberté dans les rues des villes. Elles y rafraîchiront l’atmosphère. Équipées d’un terminal adéquat, elles délivreront aux consommateurs une dose de lait frais pour un prix modique. Traite instantanée, encaissement automatisé feront partie du processus qui propulsera la vache électrique dans cet univers de modernité que refusent les Gaulois traditionnels. Les vaches ne se contenteront plus de regarder passer les trains et on les verra d’un autre œil. Et afin de développer et d’améliorer les circuits courts, on envisage de garder le hublot posé sur les vaches afin d’y verser les surplus laitiers. »
