Le printemps des poètes

Le printemps des poètes

10 mars 2026 0 Par Paul Rassat

Si la poésie ne change pas le monde, elle change notre relation au monde ; et à nous-mêmes. Le printemps des poètes, c’est toute l’année ! En témoigne la tournée en France d’Ana Blandiana et le texte qui suit, de la main d’Adam Katzmann.

Souvenez-vous, vous êtes vivants !

À l’occasion de la réception d’Ana Blandiana à la Fondation Saint-John Perse à Aix en Provence, ce vendredi 6 mars, il nous est venu l’idée de nous « replonger » dans la poésie de ce grand poète, prix Nobel de littérature, dont l’écriture somptueuse vous entraîne dans un flot de mots, d’images, de sensations auxquelles il ne faut surtout pas résister. C’est une leçon de lecture poétique à l’attention de ceux qui voudraient que la poésie se « comprenne », se programme et s’analyse. Lire un texte de Saint-John Perse, c’est se jeter dans les vagues d’une mer agitée. On est roulé, balloté, puis jeté sur le rivage, hors d’haleine. Inutile de vouloir nager et s’orienter. C’est l’océan qui décide.

Avec Ana Blandiana, qui a captivé le public aixois, ce serait plutôt se faire embarquer dans un courant marin qui nous emporterait dans une direction nettement affirmée. Quelle direction ? Mais vers la liberté!

Pas n’importe quelle liberté, bien entendu, surtout pas celle que nous offre la société de consommation qui nous emprisonne dans nos propres tourments, mais vers la liberté qui se mérite, qui se gagne parfois très chèrement, et qui n’est pas toujours là où l’on croit. 

Après la lecture de ses poèmes en roumain et en français, la question lui a été posée : que conseillerait-elle aux nombreux étudiants présents dans l’assistance? Ana Blandiana a répondu qu’ils ne doivent jamais oublier le passé récent, sous peine de le voir revenir.

Interdite de publication par Ceausescu, ce n’est pas une dissidente pour autant, mais juste une résistante. Elle n’a pas fui la Roumanie, elle est restée avec ses compatriotes et leur a transmis sa poésie pour survivre mentalement, dans cette non-liberté de penser et de parler qui était aussi douloureuse que la privation quotidienne des produits les plus élémentaires. Ses poèmes se recopiaient à la main et se glissaient de main en main. Une Roumaine m’a confié, après la conférence d’Ana à l’Université Lyon 3 : « On ne prononçait pas le nom d’Ana Blandiana, on le murmurait. »

Quand on lui a proposé de faire partie du gouvernement qui se mettait très vite (trop vite ?) en place en 1989, elle est restée très lucide et a refusé. Les dix années qui suivirent, elle ne les consacra pas à l’écriture, mais à la revitalisation de la citoyenneté en Roumanie.

N’a-t-elle pas écrit « Souvenez-vous, vous êtes vivants » ?