De (la politique)

De (la politique)

4 avril 2026 0 Par Paul Rassat

Nos élus font de la politique, celle-ci étant l’art de gouverner la cité. Ils font de la politique comme on fait du sport ou de la musique alors qu’il faudrait parfois faire la politique. Ils pratiquent une activité comme une autre ; y font carrière, leur trou. L’expression « faire de la politique » borne cette activité. Nos élus étant des pratiquants à peine plus avertis que les citoyens, ils ont tendance à faire retomber sur ces derniers leur manque d’originalité, de créativité. Ils dénoncent alors le Gaulois réfractaire, le Français hostile à la modernisation.

Potion magique

Un sélectionneur de football a coutume de dire « On va mettre de la qualité dans le jeu. » Pourquoi ne pas déclarer que l’équipe va améliorer son jeu en faisant plus de passes, en prenant plus de risques ? Mettre de la qualité dans le jeu est une expression abstraite, passe partout. Les naïfs pourraient penser que le sélectionneur a un remède secret dont il verse quelques pincées dans le jeu afin de l’améliorer. Version potion magique. Un responsable déclarait qu’il faut « apporter plus de qualité de vie. » Comment ? Encore une potion magique ? Les éléments de langage finissent par tuer le langage. Mis bout à bout ils saturent l’espace médiatique sans faire sens.

Pénélope

Faire la politique, ce serait la fabriquer, la changer, la transformer. C’est ce que nous pouvons attendre de nos dirigeants. Mais ils passent leur temps à défaire, à refaire ce que leurs prédécesseurs ont fait, ont oublié de faire, ont mal fait. La politique est une Pénélope qui peine à avancer au-delà des tracas du quotidien. S’il faut bien tenir compte de ceux-ci, il est indispensable d’en inscrire les solutions dans une vision qui dépasse l’instant. Entre utopie et ras des pâquerettes, un espace politique est disponible.

Vieux légumes et primeurs

Prenez une ville comme Annecy. On y répare (comme un célèbre réparateur de pare brise) ce que les précédents ont cabossé. Et ainsi vogue le navire sur les rives du lac. Il n’y a pas assez de sécurité ? On va rajouter une louche de sécurité. Une louche ici, une cuillerée là…tout ça ne fait pas la recette qui répond au rêve. C’est un peu partout la même soupe. On mêle vieux légumes de la politique qui connaissent le terrain (en apparence) à quelques primeurs.  Les nouveaux élus ont souvent besoin des gens déjà en place, rôdés au fonctionnement politique et qui servent de leviers. Ce faisant, ils se contentent bien trop souvent de faire de la politique. La confusion linguistique avec l’anglais n’aide pas. Ils pensent qu’il y a du level à utiliser ces leviers. Parfois ces derniers constituent un poids au lieu d’en soulever.

Morceaux de…

Sans vision d’ensemble, la réalité apparaît morcelée. On y ajoute donc de la qualité, on prend du plaisir là où on disait naguère en éprouver. Il faut prendre, s’approprier, faire sien. À la réalité il faut arracher des morceaux. En 2008 Nicolas Sarkozy avait promis d ’ « aller chercher la croissance avec les dents. » « Vous voulez de la croissance ? Je vous en mets un gros morceau ? » Notons justement que le morceau vient du verbe latin mordere, mordre. Le morceau est ce qui a été arraché avec les dents. Et puis il est devenu morceau de musique, de bravoure. Alors que nombre de dirigeants font de la politique par morceaux, comme un patchwork, les populistes proposent un récit simple : un « narratif » qui semble cohérent parce qu’il prône le rassemblement.

« Une chanson douce que me chantait ma maman, en suçant mon pouce je l’écoutais tendrement… » Les gogos mordent à l’hameçon parce que nombre de dirigeants n’ont aucune vision.