Le Petit Prince

Le Petit Prince

11 avril 2026 0 Par Paul Rassat

Le petit prince

Le petit prince ou la vie au forfait. On célèbre en 2026 les 80 ans du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry. Traduit dans le monde entier, ce livre devient une référence dont la portée va bien au-delà du récit. Nombre d’adaptations en ont été tirées. Après avoir été tenté par un Petit pince sans rire, Talpa livre sa version du Petit Prince en deux services. Une première partie en entrée, une autre à suivre pour clore le banquet.

La vie au forfait

Je m’étais posé en pleine campagne, entre Paris et la province profonde. Ce n’était pas une campagne électorale, non. Il faut dire qu’aux dernières présidentielles j’avais fait moins de 5%. Mes frais de campagne n’avaient pas été remboursés et je me trouvais à sec. Plus de carburant pour mon moteur politique. J’avais plané et je m’étais posé en pleine nuit dans ce qui ressemblait à la France profonde. Celle des Gilets Jaunes, des zones blanches et des maternités fermées.

Quand on pilote un parti politique, on est prêt à faire face à toutes les situations, mais on est entouré. Il suffit de tenir les discours que d’autres vous ont écrits sur vos indications. Les secrétaires prennent vos rendez vous ; et personne n’ose vraiment vous contredire. Cet atterrissage forcé dans la réalité profonde était pour moi inédite.

Je me creusais la cervelle. Comment retrouver du carburant ? J’avais déjà utilisé tous les circuits éculés. Il est parfois difficile de trouver une véritable idée quand on est en politique, parce qu’on passe plus de temps à taper sur le rival qu’à réfléchir vraiment.

Je restais éveillé toute la nuit et vis le jour se lever. Les vraies lumières du jour palpitant pendant que les dernières étoiles s’effaçaient. Un moment de bonheur qui aurait presque pu me faire oublier la politique.

Quand je tournai la tête vers mon siège à plus de 30 000 euros, j’aperçus un drôle de petit bonhomme qui me fixait étrangement. Son regard, d’une acuité surprenante, semblait me traverser sans hostilité.

— Qui es-tu ? lui demandai-je ? Tu habites dans les parages ? Tu es perdu ?

— S’il te plaît, dessine-moi un gouvernement, me demanda l’enfant.

— Un gouvernement, un gouvernement, comme si je n’avais que ça à faire ! répondis-je. Je suis en panne de carburant politique et tu me demandes de te dessiner un gouvernement !

— S’il te plaît, dessine-moi un gouvernement.

— Sur un bout de feuille en bas d’un discours que je tirai de ma poche, je gribouillai une sorte de grande maison et lui tendis le papier.

— Ce n’est pas un gouvernement ! Ce n’est pas ce que je t’avais demandé.

— C’est l’Élysée un mercredi. Le gouvernement est réuni autour du président. Tu vois, tu as même le président en prime. Mais d’où viens-tu petit bonhomme ?

— C’est une longue histoire. J’habitais une petite planète sur laquelle je vivais seul avec une fleur. Je la trouvais magnifique et le lui disais souvent. Je la voyais sensible à mes compliments. Elle se rengorgeait « C’est que je pousse sans engrais, sans intrant. Je suis la plus naturelle des fleurs. Mais si tu veux mieux me connaître, demande-moi mon consentement. »