Tour d’horizon et Tuto trois de Tullus et Titus

Tour d’horizon et Tuto trois de Tullus et Titus

5 juillet 2026 0 Par Paul Rassat

La taupe étant myope, son tour d’horizon est forcément discutable. Elle en convient. Son attention est attirée aussi bien par un détail de l’Histoire que par un monstrueux éclat apparemment insignifiant. C’est dans cet esprit que la Taupe publie le Tuto numéro trois de Tullus et Titus, accompagné de quelques réflexions sur la langue d’aujourd’hui.

Le Tuto trois de Tullus et Titus : la postmodernité

Convivialité à la louche

Dans l’une de ses chroniques radiodiffusées, Emma Bojan utilisait l’expression « chier en spray ». La chroniqueuse humoriste terminait par un « Merci de m’avoir écoutée. » Un monde entre ces deux formules ! Je préférerais presque la première ; la seconde est servile.  « Bonjour les amis, merci les amis », entend-on souvent. Cette proximité forcée parasitant celle, choisie, d’écouter la radio, fausse l’ambiance.

Et puisque de fausser il est question, revenons à l’émission « Le téléphone sonne ». (« Et y’a personne qui réponne… » aurait chanté Nino Ferrer.) L’émission était consacrée à « L’Amérique, ce pays qui… ». « À mal nommer les choses on ajoute au malheur du monde » écrivait Camus.

Le 15. Allo! Allo!

J’ai appelé le 15. On m’a répondu qu’on ne pouvait rien faire ! Les médias diffusent des messages conseillant d’appeler le 15 si l’on entend quelqu’un tenir des propos incohérents. J’ai donc signalé un Donald Trump qui tient des propos incohérents depuis plusieurs années. On n’y peut rien, malgré la salle de bal, le bassin et tutti quanti. Malgré ses éructations, menaces, ultimatums reportés, défaites annoncées comme des victoires. Malgré l’utilisation permanente de superlatifs qui traduisent la folie des grandeurs (Il est l’or, monseignor…) « Tremendous, fantastic, unbelievable, the strongst, the biggest, the most amazing, powerfull, nobody has ever, record-breaking. » Trump lui-même est tremendous, énorme !

Nous avons quitté l’image du Français avec le béret, la baguette et le kil de rouge pour la casquette, le hamburger et le coca.

Le prix de la paix

50 députés européens demandent des comptes à la FIFA à propos du Prix de la paix remis à D. Trump par Gianni Infantino. Pourquoi ? Comment ? Contre quoi ? S’il est possible de se poser beaucoup de questions à ce sujet, l’une d’elle émerge : quel est le prix de la paix ? Coûte-t-elle plus cher que la guerre ?

Vocabulaire

Notre vocabulaire traduit notre relation au monde, et vice versa. Relever un mot ou une expression ne revient pas à accuser les gens de paresse intellectuelle. La langue nous traverse alors que nous croyons l’utiliser. C’est ainsi que le directeur de CITIA déclarait à la fin du Festival du cinéma d’animation, il y a quelques jours « Nous avons été de nouveau en capacité de nous fédérer au service d’un événement… » Dans une émission de télévision, il est question d’offrir une seconde vie à un objet, au lieu de le vendre. Et toujours ces tics, comme « Mais ça prête, pardon, ça prête à réfléchir. » (Nagui). Faudrait-il s’excuser de réfléchir ?

Appétence et désir

Dans la langue quotidienne l’appétence remplace le désir. Tout comme n’importe quel disque devient un opus, et n’importe quoi culmine dans le viral et le mythique. D’après le dictionnaire, l’appétence est « désir instinctif d’un objet, tendance à rechercher ce qui peut satisfaire les penchants naturels, surtout d’ordre physique. » Bigre, deviendrions-nous tous des spinozistes…du désir physique ? L’appétence rejoint ce désir de posséder les choses, de s’approprier, de s’emparer de ; expressions très à la mode.

Glissements divers

« Faut qu’ça glisse, petit homme, faut qu’ça glisse… » Alors on met de l’huile dans le propos. C’est ainsi, qu’une fois de plus, quelqu’un (une climatologue), sans doute sous l’effet de la canicule) déclarait « C’est la même chose que lorsque je me demandais qu’est-ce ce que moi je pourrais faire mieux. » Parler mieux français ? Ne pas confondre discours direct et indirect.

« Tu causes, tu causes c’est tout ce que tu sais faire » me dirait Zazie avant de prendre le métro.