Impression
10 juillet 2026Le mot « impression » vient du latin imprimere, laisser une marque, enfoncer. Il voisine avec l’empreinte. Si l’on parle de première impression, d’impression fugitive, l’impression sur papier fixe définitivement. Mais le volatile et le permanent s’alimentent et s’enrichissent mutuellement. « Verba volant scripta manent. » Les paroles s’envolent, les écrits demeurent. Bien sûr, mais il est possible de comprendre que les écrits demeurent dans un cercle restreint alors que les paroles touchent davantage de gens parce qu’elles volent.
Photos à la volée et prises de notes
Dans Une éclosion continue Jean-Christophe Bailly écrit « Ce qui m’intrigue le plus dans cet usage [de « l’appareil photo indexé au téléphone], et par conséquent dans l’usage de ces images, c’est le caractère passager, presque impalpable de la prise. Peut-on d’ailleurs vraiment parler de prise ? Je ne le pense pas, tout va trop vite et est trop automatique, mais dès lors qu’elle est conservée, l’image numérique prend malgré tout…
Y a -t-il concurrence avec les mots, avec la notation ?… La plus grande différence réside dans le caractère toujours achevé des images, une photo, on le sait, ne peut pas être une esquisse, elle est toujours déjà là tout entière, même dans les quelques centimètres carrés de l’écran d’un iPhone. À l’opposé, du côté de l’écriture, ce ne sont que ratures, mots souvent notés à la hâte et difficiles à relire, renvois abrupts d’une page de carnet à une autre, tentatives de dessin parfois et, surtout, travail constant d’approche et d’approximation : même si la notation est rapide, elle cherche, et elle s’éprouve elle-même comme le fruit de cette recherche, mais la récolte est immédiate, il s’agit en fait d’une sorte de cueillette, certainement pas insouciante, mais tout de même délivrée de ce souci de composition(ou d’œuvre) qui hante l’écriture de tout texte un tant soit peu voulu. »
La prise de notes combine l’inscription et la maintenance
« …le fait que tout en cherchant [la notation, prise de notes] elle ne vise aucun achèvement lui procure une sorte de sauf-conduit. Allant vite, et même parfois négligemment, elle touche autant qu’elle effleure, elle saisit bien plus qu’on ne l’avait pensé…nous passons et nous traversons, nous traversons l’incontemplé qui se reconstitue à chacun de nos pas : l’idée, au fond, l’idée ultime de la notation, et qui hante l’écriture tout entière, c’est de laisser le monde intact, de ne pas l’affecter, de le garder entier, dans tout l’efficace de son immédiateté versée. »
Être l’atelier de soi
L’auteur parle de « détachement par rapport à l’intention ». Nous retrouvons ici la non-volonté indispensable à la création que prône Tchouang-Tseu. Peut-être est-ce ce regard d’enfant qui découvre le monde. Une disponibilité au monde qui fait du créateur son propre atelier. L’appareil photo et la prise de notes ne sont que des instruments de lui-même et non des outils externes.
« Je suis moi-même la matière de mon livre. »
