Bourgogne, vin, esprit

Bourgogne, vin, esprit

11 juillet 2026 0 Par Paul Rassat

« Ce sont les lieux qui m’habitent » écrit Laure Gasparotto au début de son livre Si tu veux la paix, prépare le vin. » Cette amoureuse de la Bourgogne entrelace sa propre vie, l’Histoire de la Bourgogne et le vin. La formule Si vis pacem para vinum traduit l’esprit du traité d’Arras qui, en 1435, met fin à la guerre entre Armagnacs et Bourguignons. Le vin réunit et pacifie. Alors que l’époque est aux éléments de langage comme « produit, terroir, partage, transmission… » la Bourgogne ne se résume pas à de la com. Elle vit.

Mémoire

L’approche de l’auteure réunit la mémoire des archives, la mémoire du sol et le travail des hommes. Une mémoire d’autant plus importante qu’elle-même, d’origine italienne, est coupée de sa culture familiale. En travaillant les archives elle peut affirmer « J’étais au cœur de l’Histoire. »

Se pose forcément la question des héritiers des grandes maisons vinicoles de Bourgogne : est-ce que l’on ploie sous le fardeau du passé ? « C’est une chance au contraire. » Nous rejoignons ici la démarche d’un Pierre Hermé qui se place entre fidélité et créativité.

Cohérence

Le vocabulaire de Laure Gasparetton illustre cette continuité, la cohérence, la persévérance dans la vision et dans le travail. « … de génération en génération, construction, quête, transmettre, perdurer, fidélité, immuable, la mémoire ». Il a fallu tout ceci pour que le vin de Bourgogne devienne un objet esthétique et se spiritualise. Ceci nécessite du temps. Il n’est pas secondaire que la région accueille autant de potiers et céramistes. La même terre produit aussi avec le travail des hommes de magnifiques productions artistiques.

Recevant François Mitterrand qui s’interrogeait sur l’intérêt qu’il portait à la céramique, Jean Girel se permit un rapprochement entre celle-ci et Machiavel : la politique, elle aussi, nécessite du temps, un travail sur le temps long.

Un Grand Bourgogne oublié (Guillot, Richez,Guilloteau)

Matière, esprit

Le vin est lié aussi à l’hospitalité et son importance est fondamentale dans la spiritualité religieuse.

Une autre référence s’impose avec la lecture de ce livre. La fermentation alcoolique était assimilée autrefois à une ébullition, et même à une putréfaction « destinée à séparer le pur de l’impur et le subtil de l’épais » sans quoi le vin n’aurait pas pu participer à l’Eucharistie. Nous retrouvons ici cette distinction entre le pur et l’impur, les produits du ciel et ceux de la terre que montre si bien le film Délicieux ou bien que suggère l’expression « entre la poire et le fromage ».

« Boire du vin n’est donc pas la finalité : c’est le point final d’une longue quête humaniste et civilisatrice, lors de laquelle la viticulture exprime une volonté consciente, culturelle et identitaire… »