Re
12 juillet 2026Re, retour. Notre vie actuelle est faite d’invocations au retour. Pas un retour au sens nietzschéen qui consiste à vire chaque instant de manière à souhaiter de pouvoir le revivre éternellement. Non. L’invocation au retour telle qu’elle baigne nos esprits n’est la plupart du temps qu’un aveu de faiblesse à construire un présent « désirable ». Zappons le présent et appuyons-nous sur un passé qui aurait été plus enviable pour promettre un avenir souhaitable. Changer de paradigme, bouger les lignes, casser les codes n’a pas davantage de sens que bouger le paradigme, changer les codes et casser les lignes. Ce ne sont qu’incantations.
Horizons
Un petit tour d’horizon(s) dans les lignes politiques confirme rapidement que nos élus, dirigeants et prétendants ont mal lu Nietzsche et Héraclite. Pour eux, c’était mieux avant ; ceux qui traient les Français de Gaulois réfractaires à la réforme, donc au progrès, sont en réalité adeptes du misonéisme. Édouard Philipe veut redresser la France. Bruno Retailleau veut la remettre à l’endroit (après tous les Dagobert qui l’auraient précédé). Éric Zemmour par à la Reconquête pour lutter contre le Grand Remplacement. Édouard Philippe, encore, annonce « reprendre en main le destin de notre pays » ainsi qu’une « refonte massive » de l’école. Re, re- rrrrhh ! Tous les aspirants au pouvoir mettent un tigre dans leur moteur pour nous faire rugir de plaisir ; ou plutôt ronronner.
Repleuvoir
Gabriel Attal marche pour Renaissance et a pour ambition de « ramener les finances publiques à l’équilibre en 10 ans et de faire des réformes de structure. » Fabien Roussel a été réélu à la tête du PC. Marine le Pen veut rétablir les frontières, redonner du pouvoir d’achat, restaurer l’autorité, réindustrialiser, reprendre le contrôle. Mélenchon veut refonder la République, redistribuer les richesses, réinventer, replanifier, reconstituer…La France, c’est lui ! Jordan Bardella voulait reprendre la maîtrise ; il a retrouvé la seconde place. Si François Hollande est réélu à la présidence, fera-t-il repleuvoir ?
Et, pour couronner le tout, Marine le Pen se met désormais en scène de manière christique et coucouesque en piquant à Attal le Renaissance qui l’embarrasse pour le transformer en La Renaissance.
Masquer le vide (le recouvrir)
Ces re- à répétition ne servent-ils au fond qu’à masquer une absence de vision doublée d’une impuissance. Ce retour à une époque bénie qui aurait précédé l’exil du paradis ne serait-il pas le discours unificateur qui peine à masquer la segmentation des publics, la fragmentation des problèmes et des politiques de clientèles ?

Codicille
Lectures et relectures de jugement énoncé par la Cour d’appel aboutiraient à cette conclusion. Pas d’enrichissement personnel pour Mme le Pen. Pas un centime n’a directement abouti sur ses comptes personnels. Mais l’argent détourné à millions a permis au parti qu’elle incarne de mieux fonctionner pour promouvoir l’image de Mme le Pen, régler certaines de ses dépenses. C’est la différence entre la lettre et l’esprit.
« – Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit
Si vous aviez un peu de lettres et d’esprit
Mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres,
Vous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres
Vous n’avez que les trois qui forment le mot : sot ! »
— Tu crois qu’ils vont refaire la France?
— C’est nous qui risquons d’être refaits!
