Hybride

Hybride

4 août 2026 0 Par Paul Rassat

Hybride signifie littéralement « bâtard de sangs mélangés ». Ce mot, qui avait valeur péjorative naguère, traduit désormais un enrichissement par croisements et associations. Il en va de même avec la notion de traduction. Le « Traduttore traditore », traduire, c’est trahir » a disparu au profit d’un enrichissement de la langue de départ et de celle de réception. Contrairement à ce que peuvent en penser ceux qui ne la connaissent pas, la musique classique est le lieu par excellence de l’hybridation. Au sein d’un même programme, à travers les genres et les siècles, grâce à l’interprétation. Les amoureux de musique classique doivent s’employer à faire sortir celle-ci des préjugés de classe, de caste, d’honorabilité empesée.

Saisir autrement un concert

Les Grandes Heures de Cluny

Les Grandes Heures de Cluny œuvrent en ce sens. Il y est avant tout question de convivialité, de relation entre les musiciens et le public. Avec exigence mais sans tralala. Nous avions retrouvé tout ceci avec Les souffles d’Éole, l’émotion d’Ingrid Riollot qui sculptait la musique avec son cœur, entre son enfance passée dans la région et « l’exil » australien. L’hybridité devenait synesthésie dansée avec Folies et métamorphoses baroques. La Calisto de Francesco Cavalli devenant Grande Ourse rejoignait les vers de Rimbaud, d’inspiration profondément chamanique :


– Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
– Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou…

La musique vivante!

Le Trio Pantoum, au nom significatif, associait Lumière et crépuscule au sein de Trésors romantiques. Se dégage de ce concert une conception de l’interprétation toute simple mais si parlante. Il arrive que le musicien réécrive la musique en la jouant. L’engagement des trois musiciens donnait exactement ce résultat. L’impression que la musique se créait là, en notre présence.