La guerre vue par Candide

La guerre vue par Candide

24 août 2026 0 Par Paul Rassat

La guerre vue par Voltaire. « Rien n’était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons, formaient une harmonie telle qu’il n’y en eut jamais en enfer. Les canons renversèrent d’abord à peu près six mille hommes de chaque côté ; ensuite la mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à dix mille coquins qui en infectaient la surface. La baïonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d’hommes. Le tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille âmes. Candide, qui tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu’il put pendant cette boucherie héroïque.

Enfin, tandis que les deux rois faisaient chanter des Te Deum, chacun dans son camp, il prit le parti d’aller raisonner ailleurs des effets et des causes. »

Vladi, Bibi et les autres

Dans un camp on se réclamait de Dieu et on pendouillait celles et ceux qui contrevenaient à l’harmonie divine. Les partisans de la mèche orange contre le turban poilu faisaient le yoyo d’une incohérence à une autre. Bibi fricotait avec la mèche avec laquelle il était de, comme un cordon Bickford avec un bâton de dynamite. Vladi, dyslexique de la politique, confondait star et tsar. Xi chantait « Tu te Ouïghour, fillette, fillette, tu te Ouïghour… »

Mon Dieu, Deliverro-nous

De dommages collatéraux il était parfois question, mais la guerre devenait de plus en plus chirurgicale, et puis elle donnait de si belles images ! Quelle évolution depuis Coluche qui s’insurgeait contre les malheureux qui venaient mourir à l’écran, donnant un mauvais goût au potage du soir. Désormais, la guerre vous était livrée via les écrans et Deliverro suivant votre composition préférée : orientale, africaine, d’Amérique du Sud, plus ou moins épicée, guérilla façon street food, guerre d’une à cinq étoiles.

Tous ces ballets se déroulaient dans une chorégraphie telle que les effets faisaient oublier les causes.

L’expérience des singes

Rappelons l’expérience suivante. Une pièce, 4 singes, un long mât au sommet duquel sont placées des bananes. Si un singe grimpe au mât, il est arrosé d’eau glacée, ainsi que ses congénères. Tous les singes affamés abandonnent l’idée de grimper au mât. Un nouvel animal remplace successivement chacun des singes ayant participé au début de l’expérience. Chaque nouvel arrivant tente de décrocher les bananes, mais les autres le battent pour l’en dissuader.

On arrive au moment où plus aucun singe d’origine ne se trouve dans la pièce. Le système d’arrosage à l’eau glacée est retiré. Les singes ne tentent pourtant pas de grimper au mât. Ils ne savent même pas pourquoi, mais c’est comme ça.

L’expérience de la guerre montre que les humains sont encore plus étonnants que les singes.