Mona, d’Éric Savoldelli
28 septembre 2026Mona est plus qu’un livre, une nécessité. Alors que notre société ne jure que par le récit, le narratif qui sert à la manipulation, à la mise à distance du monde, Mona nous y plonge. Là, « faire en sorte d’être en capacité de… », dans un monde où les relations tellement diluées se perdent et où la langue ne tient plus lieu que de rustine ; ici, avec Mona, vivre pleinement la relation aux autres, à la nature, sans intermédiaire. Vivre « dans l’urgence » au sens de ce qui requiert une action, une décision immédiate. Le latin urgens signifie « ce qui presse ». Aussi bien ce qui pèse que ce qui doit être résolu sans délai parce que ça presse, ça urge.

Aucune fioriture dans ce livre. Tout à l’os. La force du trait remplace le discours. De celui-ci on ne retient que l’indispensable. Tout fait sens.
Transmission
L’organisation des dessins, le découpage relèvent de la liberté de l’artiste. Contrainte et privilège à la fois. C’est qu’il s’agit là d’organiser le monde pour aller à l’essentiel. Comment qualifier celui-ci ? La transmission ? Elle est ce qui nous relie dans l’instant, dans le temps qui défile, dans la mémoire. Elle est la vie.
Il n’est pas indifférent que l’héroïne de ce livre soit un animal, une jument. C’est elle qui porte et révèle les sentiments des hommes. Suivant les étymologies, Mona est le souhait, le désir, l’aspiration ; elle est la seule, l’unique. Associée à Vinci, elle devient beauté et mystère. Tout ceci se trouve peut-être concentré dans cette page 166 d’une audace extrême : un monochrome noir !
Liberté
Ce livre est un chef d’œuvre qui répond exactement à l’esprit de Tchouang-tseu. Unir le corps et l’esprit. Répondre à une nécessité interne en créant, et, ce faisant, être libre. Mona est un hymne à la liberté.
Éric Savoldelli dédicace Mona chez BD Fugue Annecy le 30 septembre.
