Clystère
29 septembre 2026Le clystère est un lavement d’eau injectée dans le rectum. Certains se souviennent peut-être de Christian Laborde qui fut sanctionné par sa hiérarchie pour avoir écrit « Recteur, recta, rectum. » Si les voies de Dieu sont impénétrables, celle de l’Éducation nationale sont d’une sensibilité qui frise la susceptibilité. Molière se fichait des saignées et des clystères. Celui de Monsieur Purgon faisait plus de dégâts que de guérisons.
Laver les esprits
La citation de Christian Laborde ne doit pas rester dans beaucoup de mémoires. La formule « Parle à mon cul, ma tête est malade » a marqué les esprits. Les médias actuels ne seraient-ils pas les clystères de la modernité ? Ils s’emploient à faire passer par voie basse, très basse, les éléments de langage et de pensée qui auraient la prétention de nourrir nos esprits. Ceci est d’autant plus possible depuis que l’on sait à quel point sont reliés le ventre et le cerveau. Molière avait donc raison avant tout le monde !
Poésie et circuits courts
L’image montre aussi un auto-clystère. C’est le principe même de l’autarcie, du circuit court de la pensée. L’illustration du locavorisme intellectuel. « Il court il court le circuit, du rectum à l’esprit ! » Il emprunte les tuyaux des réseaux sociaux pour arroser de truismes, de tautologies et autres évidences creuses le rectum intellectuel branché sur le tout à l’égout.
« Ainsi, toujours, vers l’azur noir
Où tremble la mer des topazes,
Fonctionneront dans ton soir
Les lys, ces clystères d’extases ! » écrit Rimbaud.
Le malade imaginaire
Puisque de Molière il a été question, voici un très court extrait à propos de notre sujet.
MONSIEUR PURGON. — Voilà une hardiesse bien grande, une étrange rébellion d’un malade contre son médecin…Un clystère que j’avais pris plaisir à composer moi-même…Inventé et formé dans toutes les règles de l’art…Et qui devait faire dans les entrailles un effet merveilleux…Mépriser mon clystère !
Voies et clystères
On explorera avec intérêt les formes de tous les clystères que nous recevons aujourd’hui sans même nous en rendre compte, vaselinés que nous sommes par le divertissement, la manipulation qui élargit nos orifices neuronaux, le soin apporté à une forme sans fond destinée à nos fondements. Tous ces remèdes devant emprunter des voies naturelles, en voici quelques unes : détroit (d’Ormuz), Golfe (du Mexique ou d’Amérique), sphincter, gorge (profonde), canal, cirque, nœud. Clystère et moule de gomme !
