Madame de Sade
2 octobre 2026Voici les premières lignes de Madame de Sade, pièce de théâtre écrite par Yukio Mishima, traduite par André Pieyre de Mandiargues, créée à Bonlieu Scène Nationale. Mise en scène de Stanislas Nordey.
« Saint-fond : Cette affaire… Cette affaire… Toujours et partout dans nos
conversations, quand il est question de cela, nous nous en tirons en usant de
ce mot avec un petit clin d’œil et un sourire entendu. Parlons franchement.
(Elle fait claquer sa cravache. Simiane couvre son visage de ses mains.) C’était cela, et un peu plus que cela !
Simiane : Ces horreurs, madame… (Elle se signe.)
Saint-fond : Mais oui, faites le signe de croix. N’est-ce pas ce que fit tout le monde devant
une si pénible histoire ? Chacun de nous, cependant, a son information sur l’affaire dont il s’agit. Vous-même, madame, devez en savoir quelque chose… Parlez ! »
Parole
Six femmes parlent du marquis de Sade en l’absence de celui-ci dans une sorte d’approche cubiste. Fidélité conjugale, morale, religion, désir, candeur, regard du peuple, chacune aborde un angle différent. C’est la parole qui donne vie au divin marquis, qui n’est divin que par antiphrase.
La parole est action
Dans La part obscure de nous-mêmes Élisabeth Roudinesco cite. « Écrite, la merde ne sent pas, souligne Barthes. Sade peut en inonder ses partenaires, nous n’en recevons aucun effluve, seul le risque abstrait d’un désagrément. » Voir ce qui sortira de cette Madame de Sade très prometteuse ! Que retenir a priori ? Sade a commencé à écrire lorsqu’il a été privé de liberté. Les mots à la place de l’action. Mishima s’est suicidé lorsqu’il a compris que son discours censé provoquer une révolte militaire était un échec. Écrivain, il passe à l’action lorsque ses mots n’opèrent pas. Action définitive. Stanislas Nordey ? Il est passé par Strasbourg, lieu de création théâtrale important, lieu de parole car ballotté par l’Histoire.
La parole donnée aux femmes, dans une distribution elle aussi prometteuse (Mélanie Thierry, Anne Brochet…).
À voir.
