Bruno Ducret 4tet
16 août 2026Rapide entretien d’après concert avec Bruno Ducret. C’était le premier concert de Jazz Campus 2026. Il venait de quitter la scène.
J’espère que c’est de la musique écolo. La cuiller que vous glissez entre les cordes de votre violoncelle est bien en bois ? Le plastique est interdit.
Bien sûr, ça va de soi !
Vous partez d’un hommage à une amie pour enchaîner avec le député Baudin, mort sur une barricade en 1848, la poitrine trouée. Vous brodez avec la musique sur l’absence, le vide, et vous y mettez aussi beaucoup d’humour.
J’ai mis du temps à l’assumer. J’avais peur de cabotiner parce que je n’ai pas été élevé dans cette direction, dans la séduction. Les morceaux que j’écris sont chargés émotionnellement, alors ma façon de me connecter avec le public est d’être moi-même, un peu léger. Si l’humour est une forme de pudeur ? Un peu. Et puis la bonhommie permet de créer un lien avec le public. Elle traduit ma relation au monde et aux gens : atténuer le pathos.
On a quand même eu droit à un orgasme sur scène.
À quel moment ?
Ces « Oui, oui, oui, oui » entre la parole et la musique.
Ça vient de la façon assez rock d’écrire la musique. Beaucoup de choses s’enchaînent et montent en une dynamique que j’avais envie de pousser au maximum dans l’acoustique. D’où une dépense d’énergie exagérée qui provoque un effet très intense.
L’humour est un jeu avec le sérieux. Vous jouez de la musique au sens littéral, mais vous jouez de votre violoncelle et en jouez (comme se jouer de quelqu’un), vous lui faites cracher ses tripes. D’où vient cette façon de faire ?
J’ai été guitariste avant d’être violoncelliste. J’ai donc recyclé beaucoup de techniques sur le deuxième instrument. Je pense aussi que l’essence de nos musiques consiste à chercher à jouer de nos instruments de manière étendue. Toutes nos techniques d’improvisation s’imprègnent d’autres cultures que nous faisons nôtres. Nous réagissons à ce que nous entendons pour raconter une histoire. Nous nous engageons pour ça dans des gestes techniques antiacadémiques qui, au bout de quelques années, deviennent notre langage, comme une danse, des réflexes sur notre instrument qui construisent un autre monde. Les gens sont touchés de voir cet artisanat qui fabrique sur le moment.
L’époque est à la déconstruction, souvent bien éloignée des idées de Jacques Derrida. Vous déconstruisez vraiment, pour reconstruire en permanence, dans une recherche incessante.
Effectivement, cette façon d’envisager notre musique me parle.
Ajoutez à tout ceci une véritable générosité : un moment de bonheur !
La formation est composée de Bruno Ducret, Rose Dehors, Jules Regard, Paco Andreo.
