Contes sous le baobab

Contes sous le baobab

2 mars 2026 0 Par Paul Rassat

La compagnie Marbayassa donnait Contes sous le baobab à l’ESTY de Chavanod. Un bonheur partagé, joyeux que chaque spectateur peut recevoir comme distraction, réflexion, exotisme non pas gratuit mais profond, expression d’une culture ancrée dans la tradition mais qui n’interdit pas le recours à l’actualité et à l’humour. Cinq acteurs sur la scène, des rôles équilibrés, chacun-chacune accompagnant ou tenant le rôle de conteur.

Le don

Si ces contes africains ont su inspirer Michel Ocelot, c’est qu’ils plongent dans uns sagesse ancestrale que porte le récit. La culture qu’ils font vivre est celle du don. On y retrouve le propos que tient Alain Caillé dans Extensions du domaine du don, Demander-Donner-Recevoir-Rendre.  Ce processus s’appuie sur le jeu et culmine quand l’acteur, l’artiste, le sportif…s’adonne à son art, à son activité. Quand il se donne totalement. Le lièvre des contes africains, équivalent de notre goupil devenu Renart puis renard, demande le pouvoir, ou bien la main d’une princesse. D’autres personnages demandent de la nourriture, la guérison…Certains stratagèmes leur permettent de recevoir ce que d’autres leur donnent. Et la boucle est bouclée quand les acteurs nous restituent l’ensemble.

Photo © Roger Dumax

Détournement

Le lièvre détourne l’attention par ses subterfuges comme l’acteur détourne du public l’emprise du quotidien. L’art de la parole permet de franchir et d’abolir les barrières sociales. À celui-ci s’ajoute le rythme de la musique, du chant, de la danse. En somme, une comédie musicale sous le baobab, l’arbre à palabres.

L’art de la parole, il faut savoir le maîtriser, l’utiliser avec pertinence, sans inflation d’ego. Il doit être adapté parfaitement à l’objectif, qu’il ne faut pas perdre de vue en même temps qu’on en détourne ses rivaux.

L’art est un coup d’État

Plaisantant à moitié, l’un des acteurs souligne  que son Burkina Faso natal est le champion des coups d’État. C’est sans compter avec ces Contes sous le baobab. Ils sont, comme tout art bien mené,un coup d’État permanent mais pacifique qui repose sur la poésie, l’humour et ce que d’aucuns, qui ne savent pas toujours de quoi ils parlent, nomment « partage ». La parole est parole, déclare un acteur de la compagnie, créatrice, constructive, destructrice. D’où l’intérêt qu’elle circule, soit partagée, reprise.  La Compagnie Marbayassa s’en assure.