Être et avoir

Être et avoir

10 juillet 2024 0 Par Paul Rassat

Il y a quelques jours, Marc Lazar, historien et sociologue, professeur émérite à Science Po Paris était sur les zondes. Il déclarait «  Je crois qu’on est dans une situation paradoxale…Nous sommes dans un pays où… » Être ! Nous sommes, on est… » Désormais nous sommes toutes et tous historiens, analystes, experts. Nous discourons sur la réalité, mais à distance. Nous nous en excluons. Et quand nous nous la prenons dans la figure, nous en sommes tout étonnés ! Cette réalité qu’on nous demande de regarder en face n’est pas que du discours ? Incroyable ! Les gens existent, ils votent, ils protestent, ils manifestent ! La rue existe !

Nous sommes dans une situation où

La situation, nous y sommes. La subissons-nous ? En partageons-nous les effets ? L’avons-nous provoquée ? En jouissons-nous ? On ne sait pas ! Nous sommes dedans. Elle nous met dedans ! C’est la situation qui est responsable. Alors, pourquoi ne pas essayer une nouvelle situation ? Extrême, pour « vivre l’expérience ».

Avoir

Alors que le constat, être dedans, nous exonère de toute responsabilité, il est de bon ton de s’emparer, de s’accaparer, de s’approprier. Certains députés se sont réapproprié leur siège à l’Assemblée. Les nouveaux s’en sont approprié un. Mme Borne, premier ministre, devait « s’emparer de la question du harcèlement scolaire ». Alors que d’un côté on s’exonère de toute responsabilité, de l’autre se développe à outrance la notion de propriété, d’appropriation. Au lieu qu’un petit nombre s’approprie le pouvoir, parviendrons-nous à le partager ? Enfin.

Avoir et être ou être et avoir

Inversons. Il est possible d’être propriétaire et d’avoir une belle personnalité. Le tout est donc dans l’équilibre. À La Fontaine répond Pierre Péchin  en matière de fable , de cigale et de fourmi. Le second auteur les renvoie dos à dos. Être et avoir est le titre d’un excellent film tourné dans une école. L’instituteur, exemplaire, reçut une sorte de dédommagement pour le tournage et la présence de l’équipe technique. En raison du succès du film, il demanda une rallonge, ce qui posa problème. Il était, il voulait avoir.

Être donne du sens à ce qu’on a

Madame Yael Braun Pivet était invitée ce matin du 9 juillet 2024 sur les zondes. Une fois de plus, elle avait tellement besoin de paraître, plutôt que d’être. On a pu compter l’expression de la première personne à 19 reprises en 3 minutes de son intervention. Soit une fois toutes les 9/10 secondes. «  Je, moi je… » Propos émaillé de «  Vous savez, vous savez moi je…Je suis une femme de conviction et d’action. » L’ex présidente de l’Assemblée avançait «  respecter le choix des Français…C’est fait…Maintenant il faut aller de l’avant . » Les causes de cette situation ? La responsabilité de Mme Braun Pivet ? Exonération. S’exonérer signifie s’alléger de toute responsabilité ou bien de ses matières fécales. À choisir. Et l’interviewée d’enchaîner «  Regardons. Travaillons ensemble pour voir comment améliorer le pouvoir d’achat. »

Les mots, les mains

Amusez-vous à regarder les mains des gens qui discourent. Leurs mouvements mécaniques, appris auprès des communicants amplifient le vide ou l’automatisme d’une pensée qui se répète et, ce faisant, s’exonère de tout ancrage dans la réalité. Chez Jordan Bardella, Yael Braun Pivet…Une sorte de méthode Coué de la conviction oratoire. Prière de ne pas confondre l’ego et l’engagement.