Hybride
4 août 2026Hybride signifie littéralement « bâtard de sangs mélangés ». Ce mot, qui avait valeur péjorative naguère, traduit désormais un enrichissement par croisements et associations. Il en va de même avec la notion de traduction. Le « Traduttore traditore », traduire, c’est trahir » a disparu au profit d’un enrichissement de la langue de départ et de celle de réception. Contrairement à ce que peuvent en penser ceux qui ne la connaissent pas, la musique classique est le lieu par excellence de l’hybridation. Au sein d’un même programme, à travers les genres et les siècles, grâce à l’interprétation. Les amoureux de musique classique doivent s’employer à faire sortir celle-ci des préjugés de classe, de caste, d’honorabilité empesée.




Saisir autrement un concert
Les Grandes Heures de Cluny
Les Grandes Heures de Cluny œuvrent en ce sens. Il y est avant tout question de convivialité, de relation entre les musiciens et le public. Avec exigence mais sans tralala. Nous avions retrouvé tout ceci avec Les souffles d’Éole, l’émotion d’Ingrid Riollot qui sculptait la musique avec son cœur, entre son enfance passée dans la région et « l’exil » australien. L’hybridité devenait synesthésie dansée avec Folies et métamorphoses baroques. La Calisto de Francesco Cavalli devenant Grande Ourse rejoignait les vers de Rimbaud, d’inspiration profondément chamanique :
Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !
Mon unique culotte avait un large trou.
– Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
– Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !
La musique vivante!
Le Trio Pantoum, au nom significatif, associait Lumière et crépuscule au sein de Trésors romantiques. Se dégage de ce concert une conception de l’interprétation toute simple mais si parlante. Il arrive que le musicien réécrive la musique en la jouant. L’engagement des trois musiciens donnait exactement ce résultat. L’impression que la musique se créait là, en notre présence.
