Hyper
30 avril 2026A — Hyper, hyper, hyper !
B — Y’ perd quoi ?
A— Y’perd rien. Je pensais à hyper qu’on entend partout. C’est hyper bien, c’est hyper cher, il est hyper doué…
B— C’est le contraire de hypo, comme dans hippocampe, le cheval sous-marin ou bien l’hippocampe du cerveau. Ou bien hippopotame.
A— Je viens d’apprendre que je suis hyperactif.
B— C’est un problème ?
A— J’hyper agis. Je suis toujours en action, en mouvement. Je ne contrôle pas toujours mes mouvements. Faut’qu’je bouge tout le temps. C’est chiant pour les autres.
B— C’est drôle ce que tu dis. Je réalise que je suis hyperpensif. Je pense sans arrêt. Parfois je pense même que je pense.
A— Comme le Penseur de Rodin ?
B— Non, pas besoin de prendre la pause, je pense toujours, même en dormant.
A— Et tu penses à quoi ?
B— À rien, à tout, à tout et à rien.
A— Est-ce que penser à rien c’est encore penser ?
B— Je dirais que c’est déjà penser. La pensée est là, elle est prête à penser. C’est comme une révision de la voiture au garage, un contrôle technique permanent. Ça doit être pour ça que je pense que je pense, pour entretenir la pensée.
A— Et quand tu penses à quelque chose, tu penses à quoi ?
B — À tout.
A — Ça ne veut rien dire ! On ne peut pas penser à tout et à quelque chose en même temps.
B— Si ! La pensée est comme un immense réservoir. Un réservoir infini dans lequel tu baignes et dont tu tires ici ou là une algue, un poisson, une bulle, un corail…
A— Tout ce qui se trouve dans la mer, ok.
B— C’est ça. Les choses sont déjà là. Tu les relies entre elles et ça donne des pensées.
A— Donc les choses existent avant les pensées ?
B— Oui et non. Elles préexistent sans doute mais c’est de les penser qui leur donne vie.
A— Pour toi, pour toi seulement.
B— Oui et non. Si je ne pensais pas grâce aux choses qui préexistent et que je fais exister en pensant, comment est-ce que je communiquerais avec les autres ? Qu’est-ce que je leur communiquerais ? D’autant plus qu’en leur communiquant mes pensées et les choses d’où elles viennent et que mes pensées font vivre, je me fais vivre moi-même et contribue à la vie de mes interlocuteurs.
A— Tu sais, je crois bien que je préfère être hyperactif qu’hyperpensif.
