Invisibiliser
6 juin 2026Invisibiliser, c’est rendre invisible. Qui n’a pas rêvé de devenir invisible pour aller espionner ses semblables ? H.G. Wells a écrit L’homme invisible, qui a inspiré plusieurs films. Ah, voir l’invisible ! Et être invisible pour voir ! Harry Potter a remis au goût du jour la cape d’invisibilité. Mais la grande question actuelle est l’invisibilité que les femmes ont dû subir de tout temps.
Peut-être bénéficient-elles des travers d’une époque où il faut se montrer. Tout le monde finit par se selfier, donner son avis, juger un restaurant, un service. Cette inflation serait-elle bénéfique pour les femmes ? À quelque chose malheur est bon, paraît-il. Mais si les femmes qui étaient invisibles deviennent visibles, que deviennent les hommes qui étaient déjà visibles ? Envahissants ?
L’homme invisible. Et la femme?
Souffler n’est pas jouer. Invisibiliser n’est pas cacher. Si pour vivre heureux il faut vivre caché, notre époque fait l’inverse. Et nous courons après un bonheur qui résiderait davantage dans l’image qu’en nous-mêmes. Invisibiliser, c’est autre chose. Nier l’existence, les qualités de quelqu’un. Autrefois, les femmes étaient reléguées au gynécée. Puis dans le cadre de la maison et du mariage où certaines cultures veulent encore les cantonner. Wells avait inventé L’homme invisible. Pas la femme, elle était déjà en grande partie invisible. Ou alors elle apparaissait dans l’outrance de la pin up. De la séductrice, de la femme fatale ou légère, de la vamp.
Lors d’une visite au pays Dogon, en 1975, un garçon tenant lieu de guide montrait avec assurance une case située juste à l’extérieur du village. C’est là qu’étaient invisibilisées les femmes impures pendant le temps de leurs règles.
Le paradoxe n’est-il pas qu’à montrer le corps des femmes, à l’utiliser pour la publicité, on a invisibilisé les « vraies » femmes ? Le prestidigitateur montre l’une de ses mains pour mieux cacher ce que fait l’autre. Et le public en redemande.
Dans le Petit dictionnaire amoureux de la gastronomie écrit par Christian Millau, on note un article consacré aux Femmes chefs. « …en feuilletant le Larousse gastronomique de 1984, que lit-on page 348 ? « Cuisinier : professionnel de la cuisine, exerçant ses talents dans un restaurant, chez un particulier ou dans un grand hôtel. » « Cuisinière : appareil de cuisson fonctionnant au gaz ou à l’électricité et constituant la version moderne du fourneau. »

