La révolte des vaches

La révolte des vaches

12 février 2026 1 Par Paul Rassat

La révolte des vaches, récit en plusieurs étapes ( et non d’une traite).

Étape 1.

Un peu de lait avait coulé dans les fermes depuis que Veronika avait fait la une des médias. Une vache capable d’utiliser un outil. Vous m’en direz tant ! On montrait la vedette en photos, en vidéos, se grattant le dos. Saisissant dans la bouche un balai par le manche, changeant sa prise en fonction de l’effet désiré ; capable ainsi de se gratter le ventre.

Capable de calmer ses démangeaisons, Veronika en était devenue presque humaine. « Je sors de la pharmacie. Je descends juste de la bascule. Je pèse mes 80 kilos. Je t’aime. » écrivait Blaise Cendrars. 80 kilos quand une vache en pèse en moyenne 700. Mon petit Blaise, tu ne fais pas le poids. Même dans ce vague souvenir de lecture. Poète, tu aurais déclaré que, te voyant manchot, des Indiens d’Amérique voulaient te tuer pour te rendre service : dans la jungle,  ne pas pouvoir se gratter est une torture. Tu te serais alors livré à une danse de Saint-Guy pour leur prouver le contraire et avoir la vie sauve.

Veronika est plus poète que toi, elle qui compense son absence de mains par la savante utilisation du balai brosse.

Et c’est ainsi qu’avec Veronika tout débuta. On vit d’abord dans les prairies des vaches alanguies  se grattant le dos en musique. Do ! Meuglements mélodieux au rythme du balai allant et venant, caressant le poil, lissant l’échine. Les prés rient alors de voir les ballets de ces dames bovines au regard si doux.

Il est nécessaire de noter ici que Veronika devait son aptitude à manier le balai comme une virtuose au fait qu’elle avait été élevée amoureusement dans une ferme dont les maîtres lui avaient épargné l’abattoir. Elle avait eu le temps ! Le temps d’apprendre au lieu de finir en viande hachée, pesée, barquettée, poêlée, avalée, digérée. Oubliée. Noyée parmi les troupeaux de bovins sacrifiés pour satisfaire l’appétit des humains.

Veronika fut donc le déclic. Vaches, taureaux et bœufs se mirent à ruminer doublement. L’herbe des prés d’abord, le sort qu’on leur réservait ensuite. Non seulement ils finissaient dans nos assiettes, mais on leur reprochait de polluer la planète ! Rots et pets auraient réchauffé l’atmosphère à en faire péter le thermomètre !

La colère grondait et les bovins étaient décidés à donner un fameux coup de balai dans les stéréotypes de pensée et les éléments de langage qui faisaient d’eux ( d’elles ?) des trouble- fête : le coup de pied en vache ; la vache ! L’amour vache. Il pleut comme vache qui pisse. Ras les cornes !