Le Clan de Walden, Catherine Meurisse

Le Clan de Walden, Catherine Meurisse

25 septembre 2026 0 Par Paul Rassat

Quel maelström que Le Clan de Walden ! Tourbillon de force poétique, philosophique. Explosion pacifique d’inventivité qui relie le sérieux et l’humour en toute liberté créatrice. Catherine Meurisse poursuit sa veine libératrice, son chemin vers elle-même en passant par la nature et par les autres.

Dépasser l’addition

Comme les véritables artistes elle creuse le même sillon, non par répétition mais pour enrichir et exprimer la nécessité qui l’habite. La question de l’argent ? Elle est présente dans La légèreté déjà. Le goûter « Marcel Proust » à Cabourg s’accompagne de ce commentaire « La vache, 20 euros le « souvenir involontaire » après que le garçon, tendant l’addition, souhaite « Bonne continuation » (page 37). Catherine Meurisse paye l’addition, vit le souvenir involontaire et semble s’émanciper de toute l’horreur humaine en se tournant de plus en plus vers la nature. « C’est dans cette nature sauvage que réside la sauvegarde du monde. Celui qui n’a pas compris cela n’est pas un homme. »

Arborescence

La construction de ce Clan de Walden est de toute beauté, complexe et légère, pétillante de poésie et d’humour.  La première double page, sombre et lumineuse à la fois, est une invitation.  Les dernières se tournent comme les heures qui conduisent à la nuit. L’ensemble se clôt sur une mise en abyme : le livre de Henry David Thoreau, très librement adapté, dans celui de Catherine Meurisse.

Page 56, La légèreté scandait « Liberté Égalité Humour ». Le clan de Walden y ajoute la réflexion sur l’argent, le commerce, la guerre, l’exercice du droit de citoyen, l’esprit critique, la préservation de la nature, les relations humaines, le commerce de l’eau, la poésie, les anachronismes qui explosent de liberté… On s’amusera à explorer toutes les références, comme le Chant des Partisans.

La moelle de la vie

Quel bonheur de retrouver, page 31, ces mots de Thoreau entendus dans Le cercle des poètes disparus. « Je m’en vais dans les bois parce que je souhaite vivre délibérément. Ne faire face qu’aux faits essentiels de la vie, et voir si je ne peux pas apprendre ce qu’elle a à enseigner, et non découvrir, quand je viendrai à mourir, que je n’ai pas vécu. Je veux vivre profondément et sucer toute la moelle de la vie. »

Habiter le monde

Est-ce une vision panthéiste du monde ? En tout cas la fantaisie de Catherine Meurisse, celle de son regard et de son dessin, l’humour gentiment provocateur qui l’habite, permettent de relier en toute harmonie la nature, les hommes et les animaux qui en font partie. C’en est à se demander s’il n’y a pas plus de présence humaine dans la nature que dans l’homme. Comme dans cette page de La jeune femme et la mer. Celle-ci montre un clair de lune, des vagues. Si aucune présence humaine n’y est représentée directement, on « sent » pourtant le regard et la présence de Catherine Meurisse dans sa réalisation. Nous rejoignons ici l’oxymore existentiel abordé avec Michael Edwards. La véritable question n’est pas « Être ou ne pas être », mais « Être et ne pas être ».  Être un total « supérieur à la somme des parties » comme le dit Aristote. Être soi en accord avec le monde ; l’art y aide, ainsi que Le Clan de Catherine Meurisse.

Ce livre? Une merveilleuse et très concrète « leçon de choses ».