Mémoire de quincaillerie

Mémoire de quincaillerie

7 août 2026 0 Par Paul Rassat

À force de passer devant l’ancienne quincaillerie de Cluny s’est imposée la nécessité de pousser la porte. Frédérique Marbach a bien voulu m’y recevoir. La visite m’a permis de conclure que je n’étais pas venu « pour des clous », mais que le lieu vit encore, qu’il respire l’Histoire et que le présent y trouve une belle place.

Frédérique — Il s’agit de la plus vieille quincaillerie de Cluny et sans doute l’une des plus vieilles de France. Elle date de 1780. Et a fermé en 2004. Nous sommes propriétaires depuis 2003. Se sont succédé ici les familles Gros, Maillary, Antoine et puis sa fille Marguerite. Nous venions acheter de la quincaillerie dans ce magasin avec nos parents, nos grands-parents. Nous cherchions depuis très longtemps quelque chose à acheter à Cluny, et nous rêvions de ce lieu. Mais nous touchions à la fin de nos recherches et, désespérés, pensions qu’il nous faudrait renoncer et aller ailleurs lorsqu’un agent immobilier nous parle d’un dernier truc à nous montrer.

En le suivant dans la rue, nous nous disions « Ce n’est pas la quincaillerie ? » Monsieur Legallais vendait en deux lots. Il nous fait visiter l’autre d’abord ; mais c’est celui-ci que nous voulions acheter. Il se trouve qu’il était aussi en vente. Et quand monsieur Legallais a rencontré mon mari, il a aussitôt dit « C’est toi qui veux acheter ? C’est pour toi ! »

Vos livres, vos dessins cohabitent avec les vieux tiroirs du magasin qui est resté plutôt dans son jus.

Lorsque nous avons acheté la quincaillerie, plusieurs personnes nous ont félicités. Mais leurs réactions m’ont fait prendre conscience que ce lieu n’appartient pas qu’à nous. Il appartient à Cluny. Et aux Clunysois. Il est un témoignage des métiers de Cluny et doit le rester. Nous ne devions pas en faire n’importe quoi ! C’est pourquoi nous avons repoussé des demandes de location de la part d’assureurs ou d’autres qui auraient modernisé le lieu en le vidant de son histoire.

Les seules transformations que nous avons effectuées avaient pour but de le protéger de dégradations. Nous avons conservé le maximum, en y mettant aussi nos affaires.

Se sont tenues ici pendant vingt ans environ des rencontres littéraires avec la librairie, des discussions…

Les passants regardent en se demandant ce que cache le lieu.

Il y faudrait normalement un commerce ; mais une activité de ce genre ne permettrait pas de préserver ce qui existe. La commission d’urbanisme a décidé que la préservation devait passer avant toute activité commerciale. Nous sommes donc définitivement à l’abri.

On a d’ici un autre regard sur la rue.

C’est passionnant, surtout que je connais beaucoup de gens. ; ça rend le dialogue facile. La quincaillerie a employé jusqu’à douze ouvriers. À l’arrière, dans le patio, exerçait le maréchal-ferrant. La quincaillerie vendait ce qu’il produisait. On construisait aussi des cuisinières à bois. C’était un lieu particulièrement important pour les Clunysois. À l’arrière, un grand escalier menait aux réserves. L’arrière du bâtiment donne sur l’Abbaye. Comme beaucoup de maisons de Cluny, celle-ci a connu une extension qui la situait à cheval sur l’ancien rempart.

Réalisations de Frédérique Marbach

La partie aménagée en logement réunit la pierre, l’Histoire et la modernité architecturale autour d’un jardin intérieur. Les livres ajoutent à la touche culturelle et les dessins-des portraits- réalisés par Frédérique enrichissent encore le dialogue entre la matière, l’Histoire, les temporalités. Ajoutez à tout ceci l’odeur de bois et de métal que dégagent les vieux tiroirs du magasin. Le tout forme un sacré voyage !