Musique et poésie
12 octobre 2026Rencontre avec Delphine Dupenloup pour parler de l’exposition « Michel Butor en musique » à L’Archipel Butor de Lucinges.
L’exposition a pour thème « Michel Butor en musique. » Le lien entre Butor et la musique est fondamental, mais initialement toute poésie est musique.
C’est d’ailleurs de cette manière que Michel Butor concevait l’écriture de sa poésie. La musique lui est intimement liée. On le connaît pour sa carrière d’écrivain, de poète ; il était aussi passionné de musique. Depuis son plus jeune âge il pratique le violon. Son instrument est exposé ici. Il en a hérité du grand père de sa grand-mère. Cet objet est donc dans la famille depuis très longtemps. Michel Butor va se détacher cependant de la pratique du violon lorsque sa maman devient sourde.


Parce qu’un échange n’est plus possible ?
Et parce que la pratique du violon est liée à une dimension émotionnelle, sensible. L’écriture, de son côté, est une forme de partition musicale. Son dernier roman s’émancipe du mouvement du Nouveau Roman. Mobile commence à basculer vers autre chose. À partir de là il va se mettre à travailler avec des compositeurs. C’est ce que montrent les deux premières salles de l’exposition. Sinon il écrit en lien avec le thème de la musique. En montant cette exposition, nous nous sommes rendu compte que les termes musicaux sont omniprésents dans son écriture. Ne serait-ce que dans les titres : ballades, berceuses… Dans sa poésie elle-même fleurissent les métaphores liées au champ musical. Lorsqu’il se promène dans les forêts de Lucinges, les arbres deviennent les orgues d’une église, par exemple.
Effectivement, la musique est très présente dans l’écriture de Michel Butor aussi bien en thématique qu’à travers des collaborations avec des compositeurs et des musiciens.


Musique et poésie, poésie et musique
Transmission, collaborations, il a passé sa vie en une conversation permanente.
Ce qui donne plus de 2000 livres d’artiste en 60 ans. Qui n’interdisent pas des essais, des livres de réflexion, notamment sur des peintres.
Pourquoi Michel Butor s’est-il détaché du roman ?
Pour lui la littérature n’était pas seulement du texte. Il a eu à cœur de travailler sur la disposition des mots pour laquelle le roman constituait un carcan dont il a voulu se détacher. Son compagnonnage avec le Nouveau Roman lui avait déjà permis de casser quelques frontières. Le livre d’artiste lui a permis de s’ouvrir à une multitude d’artistes, et de répondre à sa curiosité dévorante. Mais surtout il acquérait ainsi une très grande liberté. Même si les ouvrages étaient conçus conjointement avec l’artiste, Michel Butor intervenait souvent en deuxième, sur les œuvres originales. Il devait chaque fois penser où disposer ses mots pour que l’ensemble soit le plus cohérent possible, le plus en harmonie avec les œuvres qui lui étaient transmises. Cette approche correspond à la réalisation d’une partition de musique.


La liberté répond à des contraintes ; elle doit s’accorder à celles-ci.
Elle est au service du livre d’artiste. Elle en est la clé. L’image n’est pas une illustration, le texte n’est pas une légende. Ce sont deux univers qui construisent ensemble une création.
La création ne vaut que lorsque, en retour, elle crée l’artiste.
