Stabulation 2

Stabulation 2

15 février 2026 Non Par Paul Rassat

Voici la 2° traite, ou stabulation, de La révolte des vaches.

Mais ce qui fit réellement déborder la casserole de lait, ce furent les retards à répétition des trains. Depuis plus d’un siècle, les vaches s’étaient habituées à les regarder passer à heures fixes. Toute leur vie s’en trouvait rythmée. La ponctualité est née, paraît-il, avec le développement du rail et la nécessité d’arriver à l’heure pour ne pas rater son train. Le stress serait le corollaire de la ponctualité. Le chemin de fer français devenait le paisible diapason de la vie champêtre.

Et puis patatras ! Le rythme s’écroula. Les trains prirent du retard, au départ, à l’arrivée, entre les deux. Des vaches le lait tourna, la colère monta et déborda. Malgré les casseroles carrées préconisées par Alphonse Allais, le lait tourna. Aigre !

La révolte des vaches fut radicale : grève du lait. Les fermiers avaient beau tirer sur le pis, rien n’en sortait. Quand la vache rumine dans son coin, de colère et de rancœur, elle garde tout en elle. Ce bon La Fontaine n’y connaissait rien qui fait exploser la grenouille alors que la vache, presque absente des fables, peut vraiment nous estomaquer.

Grève du lait. Biberons en berne. Fromageries désertes. Adieu plateaux de fromages, fondues et tartiflettes, apéros et raclettes. Aligot, go, go, Roquefort et compagnie, fini !

Les paysans furent reçus par la Esencéef, puis par le ministre des transports. On promit, comme d’habitude, mais les résultats ne suivirent pas. Les ruminants ruminaient à s’en faire péter la panse, le bonnet et la caillette. Nos penseurs pensaient afin de trouver une solution à la situation. À la télévision les experts expertisaient. L’absence de lactation avait remplacé la guerre ; on débattait, les vaches étaient – elles de gauche, de droite, du centre, pour l’écologie ? On s’inquiétait même de la constipation galopante des vaches dont les bouses n’apportaient plus au sol le fertilisant naturel indispensable. Les insectes souffraient eux aussi de la situation, mais en silence. Le bousier ne faisait plus sa pelote. C’est dire.

 Alors. Alors à l’Élysée un neurone bougea d’abord imperceptiblement, puis il en activa d’autres qui prirent la mesure du désastre. Le Président lui-même et en personne décida de recevoir une délégation de vaches. C’est qu’il avait déjà eu l’expérience des gilets jaunes pas assez organisés pour nommer des ambassadeurs avec lesquels discuter.