Un morceau de glace

Un morceau de glace

23 janvier 2026 0 Par Paul Rassat

«  Ce que je veux, c’est un morceau de glace » . Trump n’a pas « envie » d’employer la force pour l’obtenir, mais il le veut. Pour lui, la plus grande île du monde est un «  morceau de glace ». Répétons à l’envi, avec Alfred Korzybski qu’une carte n’est pas le territoire. Que sur celui-ci vivent des gens, qui partagent une culture. Que tout ne s’achète et ne se vend pas. La référence par homophonie à l’ICE, la police de l’immigration jette un froid dans les esprits et dans le verre de bourbon.

Plaisir et réalité

Le totalitarisme ne consisterait-il pas à confondre le principe de plaisir et le principe de réalité ? «  J’ai envie, j’ai pas envie », recours permanent à des superlatifs pour parler de soi et de son action, jugements permanents à propos des autres…

Le Conseil de Paix vu par l’IA

Médiocrité

Déjà cité par Talpa le film Harrisson Bergeron tiré d’une nouvelle de Kurt Vonnegut de qui un autre texte commence ainsi : « Toute personne, vivante ou morte, est purement fortuite, et ne saurait faire l’objet. » Vanitas vanitatum et omnia vanitas ! Le film montre une société dans laquelle les gens sont maintenus dans une médiocrité affligeante. La société est dirigée secrètement par une caste de personnes à QI élévé et le président ou la présidente, simple potiche, est tiré au sort. Les vrais dirigeants s’émeuvent cependant qu’ un jour, lorsque qu’une guerre avec le pays voisin s’annonce , leur président prenne l’initiative de téléphoner à son homologue pour l’agonir d’insultes et de menaces. Mais cette absence totale de stratégie fonctionne aussi bien que le trumpisme : le président voisin s’écrase !

Du côté du pouvoir

Pour y voir plus clair, l’étymologie du mot pouvoir relevée chez Odon Vallet. « Le pouvoir est à la fois la possibilité d’entreprendre et la puissance pour agir…du verbe latin posse, être capable de. En sont issus des mots comme pouvoir, puissance, possible, potentiel, impotent et potence…Le pouvoir se situe donc à la jonction de l’aptitude et de la sujétion » Odon Vallet souligne ensuite le lien étymologique entre le pouvoir du chef et celui de l’époux pour conclure : «  Il n’y a donc pas de pouvoir durable sans puissance sexuelle…De Byzance  à Pékin, chaque fois que le pouvoir s’est méfié de ses rivaux, il en a fait des eunuques. »

Langage performatif  

Le succès ( on l’espère éphémère…) d’un Trump est qu’il dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit, dans la mesure où on lui en laisse la possibilité. Son langage performatif change de la langue de bois, des atermoiements permanents des gouvernants. Il réveille en nous ce côté gamin : «  On dirait qu’on serait des cow-boys… » et on devient aussitôt des cow-boys ». Pas besoin de réfléchir. On se souvient d’un échange Biden-Poutine qui se termine ainsi de la part de Vladimir : » C’est celui qui dit qui est. »

Reste la question du pouvoir lui-même. Est-on attiré par le pouvoir parce que l’on est porteur de certains symptômes pathologiques ou bien est-ce le pouvoir qui rend malade ? Pourquoi continuons-nous à élire des gens dans ce contexte , sachant que le pouvoir va les corrompre ou parce qu’ils sont déjà corrompus ? N’y aurait-il pas d’autres façons d’exercer et de faire exercer le pouvoir ?

L’art de la guerre

Que conclure sinon que tout ceci est bien complexe. Trump taxe les autres de droits de douane et de stupidité alors qu’il paraît lui-même particulièrement stupide. Mais à y réfléchir, il applique- le sait-il ? – la stratégie préconisée par Sun Tzu dans L’art de la guerre : vaincre sans avoir à combattre ! Stratégie si bien reprise par Michel Ocelot de qui le héros, Tanwekanami, remporte une guerre uniquement par l’intelligence et la parole. Stratégie à portée d’enfants. Maître de sa technique, l’artiste doit l’oublier pour créer librement. Qu’en est-il du responsable politique ?