Frankenstein, de David Sala

Frankenstein, de David Sala

23 avril 2026 0 Par Paul Rassat

Tout le monde ou presque connaît Frankenstein. Certains connaissent aussi les circonstances dans lesquelles Mary Shelley a créé l’histoire. Alors, pourquoi ne pas lire le livre de David Sala en s’affranchissant du récit et en consacrant toute son attention de lecteur-regardeur à la création artistique qui explose de couleurs, de tons, de formats, d’agencements, d’emboîtements pour créer un rythme unique ? Gaucher contrarié, je me suis permis le luxe de « lire » Frankenstein de la dernière à la première page, en faisant défiler les pages avec la main gauche. Quelle liberté ! Un monstrueux régal.

On oublie que monstre vient du latin monstrare. Il n’e s’agissait pas de montrer n’importe quoi mais un signe des dieux, un avertissement, quelque chose d’inhabituel. Le monstre était un prodige. Frankenstein est le reflet moral de l’humain ; il incarne la responsabilité de son créateur.

Réagencer les faits pour créer

David Sala chez BD Fugue Annecy pour « le joueur d’échecs »

Le poids des héros, de David Sala, s’ouvrait ainsi « Le livre de David Sala s’ouvre sur cette citation de Romain Gary « Lorsque vous écrivez un livre sur l’horreur de la guerre, vous ne dénoncez pas l’horreur, vous vous en débarrassez. » Le hasard m’avait fait lire en même temps un livre de Boris Cyrulnyk, d’où cette conclusion « La résilience consiste à réécrire l’histoire. On la fait sienne, on la digère et on la dépasse en la recomposant différemment à partir d’éléments du réel. » Déjà, à propos du précédent de livre de David Sala, on pouvait écrire « Le réagencement des faits passe par des choix. Une dimension épique et poétique traverse certaines pages. On pense à Chagall. L’expressionnisme traduit l’horreur des camps de concentration mais l’usage de la couleur permet d’éviter l’effet documentaire. On pense ailleurs à Klimt, Munch, Matisse. »

« Je suis Frankenstein »

À parcourir Frankenstein, on retrouve Klimt, Schiele, Otto Dix et l’expressionnisme. On passe des plans larges à un assemblage en mosaïque, de la mise en abyme à la double page fleurie, naïve, paradisiaque. C’est une explosion permanente qu’accompagne un travail et un jeu sur les contours, sur les tons. Sans oublier la conversation entre l’explosivité du dessin, son exubérance et les motifs géométriques d’un monde bourgeois.

Je suis Van Gogh

Avec ce Frankenstein, il est possible de se demander si nous ne devenons pas tous des monstres-des mostra-qui se selfient dans une explosion de médiocrité. « Je suis Frankenstein ! »