Marc Bloch

Marc Bloch

8 juin 2026 0 Par Paul Rassat

Marc Bloch, l’historien combattant est édité par Tallandier. Conversation avec Jean-David Morvan, scénariste de l’album.

Tout un ensemble d’événements, de communication est consacré à Marc Bloch. L’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) organise un cycle Marc Bloch, ouvre un site qui lui est dédié, et il y a la BD Marc Bloch, l’historien combattant, dont tu as écrit le scénario.

C’est Jean-Baptiste Bourrat, le directeur de Tallandier qui en a eu l’initiative. Je connaissais déjà Marc Bloch, évidemment ; mais j’ai appris beaucoup de choses pour réaliser ce livre. C’est d’ailleurs pour cette raison que je fais de la BD, pour apprendre. Je connaissais quelques épisodes de sa vie parce que j’étais allé à plusieurs reprises à la prison de Montluc. Il y a longtemps j’ai lu L’étrange défaite. Cette période qui va de la Guerre de 14 jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale, je la connais. Paradoxalement la période de la vie de Marc Bloch que l’on connaît le moins est celle de la Résistance. Par conséquent nous n’avons pas pu la faire découvrir.

D’où vient l’idée de commencer la BD par la mort de Marc Bloch ? Ce moment frappant montre, au fil de la lecture, à quel point cette mort a été absurde.

Comme celle de beaucoup de gens. Une fois l’armistice signé, on se demande pourquoi tant de morts ; pourquoi. Pareil pour la guerre de 14. Cette chronologie est la première impulsion qui m’est venue. D’autant plus que je ne pouvais pas jouer sur un suspens. Autant montrer cette mort d’emblée, pour y revenir à la fin, après une série de portraits du personnage au fil du temps. Le dernier dessin est à la fois la dernière scène et le premier dessin, le dernier portrait.

Effectivement, on le voit avancer dans la vie au fil des pages, et le texte de certaines est disposé comme les repères qui montrent l’évolution de la taille d’un enfant.

Il y a de ça.

Tu as dû composer entre le récit et une masse d’informations très importante.

Heureusement Suzette Bloch, la petite-fille, était avec nous, et l’historien Olivier Dumoulin. Hélène Lemoine m’a aiguillé, elle aussi. Elle a condensé les lectures de livres qui concernent le sujet. Il nous a fallu aller vite puisque nous n’avions que huit mois pour réaliser l’album, sachant qu’il faut un mois et demi pour l’impression. Le livre est parfois un peu savant mais je pense que nous l’avons réussi.

Il faut y revenir, en plusieurs lectures. On en retire l’impression que Marc Bloch était très moderne : décloisonnement des disciplines, esprit critique, association de l’intelligence et du courage.

Exactement. Et on peut se demander comment et pourquoi ce petit bonhomme qui a l’air d’un intello du 5° arrondissement, avec ses lunettes rondes, est entré dans la Résistance. Ce n’est pas étonnant quand on connaît l’histoire de sa vie, de sa famille. Ces juifs de Strasbourg qui ont combattu l’arrivée des Prussiens en 1870, qui ont choisi la 3° République. Marc Bloch a fait la guerre de 14, où il a obtenu cinq citations, s’est engagé par des écrits contre la Guerre d’Espagne alors qu’il prônait un détachement de la vie quotidienne…pour entrer dans la Résistance.

La page 40 fait place aux « Réflexions d’un historien sur les fausses nouvelles de la guerre ». Il traite déjà des « fake news ».

Cela me permet de dire qu’il n’y a jamais rien de nouveau. La seule nouveauté est que ça passe aujourd’hui par les réseaux sociaux, mais ça a toujours existé. Mao se refaisait le portrait sur les photos, Staline en éliminait ses anciens camarades. Les chansons de geste des chevaliers participaient elles aussi à une mythification de la réalité, à laquelle tout le monde finissait par croire. Rien de nouveau là-dedans, mais le voir analyser par le plus grand historien de tous les temps, c’est fascinant.

Au fond, on a l’impression que les nouvelles trafiquées répondent à une véritable attente.

Le mensonge a toujours existé ; à nous de nous en prémunir et d’être moins naïfs.