Métaphysique sociale

Métaphysique sociale

19 août 2026 0 Par Paul Rassat

En 1992 Quai Voltaire publiait Petit traité de métaphysique sociale de Jean-Philippe Domecq.

On y lit des choses intéressantes. Elles permettent, si c’était possible, de comprendre le comportement d’un Trump, ou d’un Poutine, ou d’autres personnages de ce calibre. Le propos de l’auteur s’applique par moment au couple conjugal. Il peut être étendu à tout ce qui forme couple en général. Avec Trump, par exemple, Donald Trump et le reste du monde. Ou à bien d’autres dirigeants.

Borner le monde à soi-même

« Le réel rien que pour soi, c’est la folie, il n’y a de réelle que version partagée du réel…tout couple bien désaccordé l’est au profit de l’un des deux, c’est le plus tenace, le plus borné. Le dominé est généralement le plus fin parce que la finesse, donnant idée de ce qu’il y a au-delà de ses propres œillères, donne honte de toujours débiter la même version. »

En matière d’affaires « Tout le monde a pu constater que les esprits épais s’enrichissent au moins aussi bien que les autres. C’est qu’ils bornent la négociation aux bornes de leur esprit : à l’autre de s’y borner, ou de laisser l’affaire à un autre. » Les slogans simplificateurs comme Make America great again ou la dénazification de l’Ukraine relèvent de ce bornage intellectuel et psychologique. Rappelons aussi la réponse de Poutine à Biden qui le qualifiait de tueur. « C’est celui qui le dit qui l’est » ! Réponse digne d’un garnement en culottes courtes dans la cour de l’école.

L’autre, le caviar et la merde

« Au total, ces petites évidences ont tout de même quelque chose d’instructif. Elles confirment que, sans point d’équidistance entre soi et l’autre, la mauvaise foi peut sans cesse tourner de l’un à l’autre. » C’est le principe de la vérité alternative. Celle-ci renvoie à la formule de Topor « Il suffit d’un gramme de merde pour gâcher un kilo de caviar. Un gramme de caviar n’améliore en rien un kilo de merde. » Un gramme de vérité n’améliore pas un kilo de mensonge.

La grande leçon

« La mauvaise foi est un mouvement d’horlogerie perpétuel ; chaque argument par lequel on croit l’enrayer la relance de plus belle. C’est n’avoir décidément rien compris aux hommes, que de lutter contre la mauvaise foi d’un interlocuteur ; plus on s’y épuise, et plus on la nourrit…La mauvaise foi n’a pas son pareil pour mimer la hauteur morale. »

Et enfin « Rien davantage que la mauvaise foi ne confirme l’intelligence de l’inconscient. » Revenir à cette sentence de Lacan « L’homme n’est pas là où il pense. » Parlez à son enfance, à ses traumatismes, à ses trous noirs. À son absence.