Pleurer
15 octobre 2026« Il pleure dans mon cœur / Comme il pleut sur la ville » écrit Verlaine. dans Romances sans paroles. Le poète aurait pu inverser pleuvoir et pleurer. Les deux viennent du latin plorare, pleurer, se lamenter, crier, qui a donné implorare, implorer, supplier, et explorare faire sortir, faire retentir, crier. Celui qui implore supplie ; il garde en lui la cause de sa supplication. Il la prend sur lui. L’explorateur parcourt le monde, disperse son énergie. Entre les deux, Le cri, de Munch. Une manifestation qui part de l’intérieur pour gagner par ondes concentriques le monde entier. ( Photographie © Christophe Rassat).
Pleurer et pleuvoir
Entretien avec un nuage
_ Comment vous définiriez-vous ?
_ J’ai du tact. Je passe le plus clair de ma vie, même lorsque j’obscurcis le ciel, à y mettre les formes. Arrondies, laiteuses, moutonneuses, chantillyeuses .Oui, je sais, « chantillyeuses » n’existe pas pour les humains, mais pour les nuages, si.
_ Et quand vous n’y mettez pas les formes ?
_ Quand je n’y mets pas les formes, je pleus et je crée un nouvel usage du verbe pleuvoir que vous ne conjuguez qu’à la troisième personne. Je pleus suivant mon humeur, violemment, abondamment ou bien légèrement, larmichettement.
_ Et quand vous avez plu ?
_ Je pleus encore après y avoir remis les formes pour la retrouver et afin de séduire les poètes et les romancières « – J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages ! »
Crier, pleurer
Cry Me a River, merveilleuse illustration qui mêle le cri et les larmes, surtout susurrée par Vicktor Lazlo.
« Adieu, gueule d’amour/ Viens pas boire dans mon verre / Tu peux me pleurer des rivières…Pleurer des rivières / J’en ai pleuré / À quoi ça sert ? »
 rien, puisque, d’après Héraclite, on ne se baigne jamais deux fois dans la même rivière, qui devient fleuve, qui devient mer…
