Bertrand Stofleth
18 octobre 2026L’exposition qui se tient à l’Abbaye d’Annecy-le-Vieux est intéressante à plus d’un titre. Le sien étant « Ce que l’on traverse. » Ce que nous traversons et qui nous traverse est une période de transition. Nous avons même un Ministère pour ceci. Le photographe Bertrand Stofleth, évoquant son travail, parle de « tiers-paysages ». Ces lieux entre ville et campagne, abandonnés sans l’être, indéfinis. Il est amusant de constater que le monde civilisé découvre ces « tiers-paysages » que le monde totalement sous-développé connaît depuis toujours !
Bertrand Stofleth conduit un travail très documenté, en relation avec des scientifiques, des spécialistes, des sauveteurs en montagne lorsqu’il faut traiter de la montagne. Il en tire des photos qui tirent le portrait de ces tiers-paysages. Le photographe répond assez souvent à des commandes institutionnelles, ce qui donne à son travail la couleur d’une documentation bien qu’il y construise un récit.


Jeu de mise en (s)cène
Je n’ai sans doute pas vu l’exposition avec le même œil que ses créateurs. J’y ai ressenti une immense solitude, même lorsque la photographie traduit un divertissement au sens pascalien. Au tiers-paysage, allez savoir pourquoi, j’ai associé le tiers-état. Un état paysagé, social, humain en friche. À tous les états de l’eau que montrent les photos, j’ai associé des états humains : présence, absence, abondance, transformation. À ne voir dans cette exposition que l’exposition de l’état de notre planète, je m’ennuierais profondément. Heureusement, l’œil et les neurones s’échappent. Je me fiche du tiers comme du quart de l’anthropocène, du scriptocène, du plantacionocène (sans doute l’ère pendant laquelle l’Homme se plante) ; m’attire la mise en scène autant que la cène.
Nous vivons une merveilleuse époque en transition. Vers quoi ? Elle byzantinise à se documenter sur elle-même, à s’analyser, à se raconter. Allez voir cette exposition, elle en vaut la peine dans la mesure où vous laisserez parler votre imagination. Qu’elle vogue et valse en transition vers l’inconnu.
Le tiers du quart et le quart du tiers
César explique à Marius la recette du Mandarin : » Un tiers de curaçao, un petit tiers de citron, un bon tiers de Picon, un grand tiers d’eau ». La règle des quatre tiers, incluant le paysage humain, est respectée.
