Une démence ordinaire

Une démence ordinaire

2 novembre 2026 0 Par Paul Rassat

« Y a-t-il en effet rien de plus banal que de voir n’importe qui exercer n’importe quelle fonction, même la plus éloignée de ses aptitudes ? » C’est ce qu’écrit Nicolas Grimaldi dans Une démence ordinaire. Il prend comme exemples Sancho Pansa gouvernant aussi bien que n’importe quel ministre. Ou le Ruy Blas de Victor Hugo, un laquais égalant les plus hauts dignitaires. Tout ceci ne serait-il que loterie, comme les élections, Parcoursup, la lecture des CV par l’IA, la méritocratie ?

Mimer la vie

Nicolas Grimaldi poursuit. « Tous les divertissements, tous les jeux, sont autant de manières de refaire sa vie symboliquement. Tous consistent à mimer des situations, à mener de feintes aventures, à susciter des émotions et des passions dont le rôle auquel nous sommes assignés nous aurait ordinairement privés…Car jouer, si modestement ou si furtivement que ce soit, c’est toujours jouer une autre vie. C’est explorer l’infinité de notre contingence. Tout joueur est un aventurier. »

Jeu de rôles

Le jeu nous permettrait de passer de notre finitude à une infinité de possibles. Il est d’autres théories qui avancent, à l’inverse, que le jeu réduit le champ des possibles à l’intérieur de certaines règles. Les joueurs seraient alors des aventuriers à la petite semaine. Quoi qu’il en soit, la dimension du mime est fondamentale. Nous mimons les rôles sociaux que nous occupons, ainsi que les emplois. Celles et ceux qui nous gouvernent miment le pouvoir pendant que nous mimons l’obéissance. Certains parviennent à se mimer eux-mêmes. Des Trump, Poutine excellent dans cet exercice.

Carnaval permanent

Mais à force de mimer, nous nous prenons au jeu. À pratiquer la servitude volontaire, nous finissons par tenir si bien le rôle que nous ne savons plus en sortir. Pas d’échappatoire cependant. Pas de seconde vie comme dans les jeux vidéo. Nous sommes Guignol, Gnafron, Arlequin et les autres, qui nous regardons jouer. Et, assez souvent, perdre. Le carnaval était censé durer quelques jours pendant lesquels il constituait une soupape de divertissement. Quelques jours après lesquels on renvoyait le roi fantoche. Désormais le roi du carnaval reste au pouvoir toute l’année, conteste son renvoi, insulte, menace, détruit l’équilibre de la société au lieu d’y contribuer. Une démence ordinaire.