Michel Ménaché

Michel Ménaché

1 novembre 2026 0 Par Paul Rassat

Michaux écrivait « Mégères alentours qui pleurez dans vos mouchoirs ; On s’étonne, on s’étonne, on s’étonne Et on vous regarde, On cherche aussi, nous autres le Grand Secret. » Pour le découvrir, autant s’adresser à un poète, Michel Ménaché, rencontré à la fête du livre d’artistes de Lucinges.

Quel est le grand secret. Qu’est-ce que la poésie ?

C’est à la fois une passion de la langue et sans doute un mimétisme par rapport à tout ce qu’on a emmagasiné dans sa jeunesse. J’ai lu beaucoup de poésie quand j’étais jeune, sans savoir alors que j’en écrirais.

Pourquoi lisiez-vous de la poésie ?

J’étais assez émotif. Tout ce qui nourrissait ma subjectivité me parlait. J’ai très tôt lu Verlaine, Rimbaud, Apollinaire qui ont été une initiation à la poésie. J’ai voulu très vite en écrire. Mes productions d’alors étaient très maladroites. Elles ne méritaient pas d’être conservées, mais j’avais quand même le parti pris de l’écriture !

Comment juger ? Pourquoi étaient-elles maladroites ?

C’était trop bavard. Quand on est jeune, on n’élague pas assez parce qu’on veut tout dire. Plus on vieillit, plus on écrit avec des ciseaux. On choisit, on est plus exigeant avec soi-même. Cette exigence se traduit souvent par un resserrement de l’écriture. Plus celle-ci cristallise la pensée ou l’émotion, plus elle est juste au sens musical, car la poésie est une musique.

La poésie n’est-elle pas l’adéquation la plus juste entre le sens et les mots qui le portent ?

Les mots s’usent. Les mots du lyrisme du XVI° siècle ou des suivants nous parlent moins aujourd’hui, à part quelques grandes voix comme Rutebœuf, Charles d’Orléans. On garde les grands prosateurs, on perd les poètes. La poésie évolue avec les époques. Celle d’aujourd’hui n’a pas plus de poids que celle d’hier, mais elle nous parle davantage. Je lis celle de mes contemporains mais je me nourris encore de relectures, notamment d’Apollinaire, d’Éluard. Aragon est d’un autre souffle, il n’et pas étonnant que Ferrat, Léo Ferré aient mis en musique cette grande voix du 20° siècle souvent méprisée car trop attachée au mouvement communiste. Aragon a toujours gardé sa liberté de pensée et de jugement. Il a souffert de voir les drames causés par le communisme.

Œuvre de Marina Hacoun-Levikoff et Michel Ménaché

La poésie est une relation au monde, aux autres et à soi-même.

C’est une manière d’être au monde. On peut avoir un regard poétique sur les choses et sur le monde. Dans les années 50, Georges Mounin avait écrit Poésie et société. Il y évoquait toutes les manières d’être poète, d’être dans la poésie, en dehors de la poésie. Le cinéma, poétique, la peinture poétique… René Depestre a écrit L’état de poésie, expression que j’ai trouvée chez Georges Haldas, poète suisse d’origine grecque. Un grand buveur qui a écrit sur les bistrots de Genève.

La poésie est une ivresse ?

Elle peut être nourrie par d’autres ivresses.

La poésie ? Choisir, resserrer. Le capitalisme fait très bien ceci, resserrer le temps de production et les moyens pour accroître les bénéfices. La poésie fait beaucoup avec rien. Des mots, du vent. Sans aucun bénéfice escompté hors le plaisir.