Aboutissement
6 septembre 2026Thomas Bouvard est 17° adjoint au maire d’Annecy. Il est en charge de « l’aboutissement des grands projets ». Faire des projets, même grands, est facile. Les faire aboutir l’est moins. Combien de projets petits ou grands se sont-ils perdus dans les campagnes électorales ? Et nous avons tellement besoin de rêves, de grands projets qui emportent les citoyens par-delà les colonnes bien alignées d’une gestion terre-à-terre du quotidien au ras du bitume que l’on enlève pour retrouver la respiration de la nature sous le pas pesant du réchauffement climatique !
Réalisme gestionnaire
Le dernier bulletin d’information de la ville d’Annecy est d’un réalisme gestionnaire sidérant. Qu’y lit-on ? « 83 avertissements de la police municipale concernant les comportements dangereux des vélos et trottinettes rien qu’au mois de mai. » Ainsi, vélos et trottinettes seraient des objets dangereux par nature. Belle formulation. « 1 tonne d’enrobé à froid par semaine pour la reprise des nids de poule… 3 agents mobilisés chaque jour pour la reprise des pavés. » Sous les pavés, le lac. « 150 potelets enlevés…17700 mégots ramassés lors de l’opération Je nettoie ma ville. » Non seulement faire, mais le faire savoir. Et compter. C’est ce qui compte ! Ce que le citoyen constate lui-même chaque jour et qui contribue à l’amélioration de son cadre de vie. Certains fument. D’autres informent.
Et puis l’audit !
« Des marges de manœuvre qui se réduisent…Un tournant historique inquiétant…Un état technique dégradé et des fragilités de gestion… Des charges élevées… Une fusion inaboutie », le Haras qui rit de son « coût total qui a augmenté de 70% ». C’est ce qui ressort de l’audit réalisé sur la situation d’Annecy, par Annecy.
Sous le quotidien, les grands projets
Si le citoyen a réellement besoin de sécurité, de propreté, il a tout aussi besoin d’une vision qui transcende le quotidien. Il lui faut pouvoir se projeter avec les autres dans un monde qui ne soit pas confiné dans le rationnel comptable. On notera que Thomas Bouvard et l’aboutissement des grands projets pointent à la 17° place. Après la culture, qui est elle-même un grand projet. Après la sécurité et la tranquillité publique, les seniors et les liens intergénérationnels, et d’autres encore. Les grands projets – espérons qu’ils aboutiront – ne sont suivis que par la propreté et les espaces verts.
Grands ne signifie pas premiers
Même les seniors passent avant les grands projets ! C’est pourquoi ils méritent toute notre attention. Le mot « seniors » désigne désormais les personnes âgées en passant par un euphémisme qui évite « les vieux, les vioques ». C’est par l’anglais et le monde du travail que cette aseptisation linguistique a contaminé la langue française. Ce qui permet de placer les seniors dans des EPHAD en toute bonne conscience.
Dans ce monde sévèrement gestionné, aseptisé, comptabilisé, les grands projets ne pointent donc qu’en avant dernière place.
Codicille
On notera que le verbe aboutir a signifié autrefois « venir à suppuration », en parlant d’un abcès. À quand un adjoint aux projets non aboutis ? On relèvera aussi une grogne chez les petits projets. N’ayant pas de représentant pour les défendre, ils se sentiraient délaissés. Parmi eux, certains manient l’ironie; un élu à l’aboutissement des grands projets ne serait que de l’enfumage. Les petits projets se débrouillent très bien tout seuls.
