Chantal Deruaz
16 juin 2026Chantal Deruaz a quitté la scène de la vie. Le livre réalisé avec elle a pour titre Pourquoi je ne suis pas devenue une star. Il commençait par ces lignes « Elle a pris son sac, s’est faufilée par les couloirs, a ouvert la porte qui donne sur l’extérieur ? Il était très tôt, personne ne l’a vue.
Elle a rejoint la gare. Avait-elle son déambulateur ? Sa maladie de Parkinson galopante contient sa marche saccadée. Elle ressemble à l’albatros de Baudelaire ; ses jambes immenses ne la portent plus sur scène de succès en succès. Elle a pris l’un des premiers trains pour Paris. Elle avait rendez-vous, dit-elle. Rendez-vous avec la vie. »
Chantal conclut le livre ainsi « J’ai très souvent constaté que les personnes qui m’ont marquée étaient en perpétuelle recherche d’équilibre. Le théâtre a été mon balancier. »
Le mouvement du balancier s’est arrêté pour elle ; pas dans le cœur de celles et ceux qui l’ont connue.

Voici quelques témoignages tirés du livre ou bien suscités par sa lecture, parmi beaucoup d’autres.
Pascale Bardet
Je me souviens de la générosité de Chantal, de sa flamboyance, de sa grande table qui nous réunissait les dimanches, autour d’un poulet au citron, des discussions enflammées, des rires, du vin choisi avec soin à l’épicerie du bas de l’immeuble, du teckel Nafty que Marc appelait Boudu en référence à Michel Simon, du souci les uns des autres… on appelle cela fraternité ?!
Aurore Prieto
Quand j’ai vu Chantal pour la première fois, j’ai aussitôt fait le rapprochement : elle était un calque de cette vision d’adolescente que je m’étais construite, magnifique et protectrice en même temps.
C’est par Élisabeth Catroux que j’ai connu Chantal et toute la bande. Je me souviens très bien de Chantal, de sa gaité, de son regard, de ses yeux, de la frontalité de sa présence et de son accueil chaleureux… Nous sommes devenues trois inséparables échangeant sans cesse sur le théâtre, bien sûr, puisque c’est par lui que nous nous sommes connues. Mais c’étaient des échanges très chaleureux sur la vie, ce que nous faisions, les voyages. Nous sommes devenues très vite un trio…Et puis ce lien s’est resserré, il est devenu de l’amitié avec tout ce que cela comporte d’affect et, d’une certaine façon, de sororité. Un truc très fort.
Yveline Hamon
La première fois que j’ai vu Chantal, c’était au Conservatoire…. Ce jour-là, j’ai ouvert la porte du théâtre et j’ai vu…une apparition ! Une femme d’une beauté absolue avec une chevelure auburn, une robe longue rouge.
Michèle Brûlé
J’insiste sur cette dimension très amicale de sa personnalité. Elle est presque une sœur et nous étions sa garde rapprochée, Yveline Hamon, Aurore Prieto. Il y avait Élisabeth Catroux, Dominique Valadié…Chantal a toujours été aussi pour moi une conseillère. Son amitié reposait sur l’écoute et l’échange ; c’est rare et d’autant plus précieux.
On se voyait toujours, miracle du Conservatoire, c’était comme si c’était hier. Et puis nous avons enfin joué ensemble. Les Pâtissières, (ta presque dernière pièce je crois). Pendant près de six ans. Toi, irradiante, lumineuse, subversive et drôle. Et incommensurablement photogénique. J’ai ta photo, en robe rouge, un jour où pourtant ça n’allait pas fort : une Madone !
Si ça, ce n’est pas être « une star » !
Claude Mathieu
Quelle Vie pétillante, toute donnée au Théâtre… qui console, sauve et permet de surmonter l’autre vie, préservant nos enfances… Ce monde de la scène qui répare, construit, nous dépasse tout en cultivant ce doute qui élève et aide à nous envoler, avec tous…
Connaître Chantal, avoir joué avec elle est une grande chance.
Femme libre aux convictions bien campées, exigeante, intègre, authentique (son mot), solaire…
Si généreuse !!!
Elle nous confie ici sa passion pour le théâtre qui ne l’a jamais quittée, cette échappée du réel, vitale, ce terrain de toutes les audaces émotionnelles et son besoin absolu de transmission.
Michel Azama
Lorsque Chantal interprétait ma pièce, Le SAS, le texte suintait de toute sa personne, on aurait dit qu’elle l’inventait à la minute où elle le proférait. Sa présence incandescente nous emmenait très loin dans l’émotion. Ce serait peu de dire qu’elle portait ce texte. Elle le réinventait, l’habitait totalement, plus vraie que vraie.
Un dernier rendez vous s’est imposé à Chantal
