Chers parents

Chers parents

24 janvier 2026 0 Par Paul Rassat

Inspiré par une rencontre avec Emmanuel Patron et André Dussollier (Photo) aux Pathé d’Annecy, ce regard sur le film « Chers parents ».

 Votre film est un décapage à sec  de toutes les couches qui ont recouvert les relations d’une famille, mais on y sent beaucoup de tendresse. Heureusement parce que j’ai été prof, j’ai eu des 4L et je suis baby boomer !

 Emmanuel Patron — « Mes parents étaient profs, on était au PS, on a collé pour Mitterrand, on a eu des 4L.. La famille est ce microcosme qui permet plein de conflits : on déglingue ce qu’on aime ! Mais avec ma sœur Armelle nous avons eu une enfance tellement heureuse… En scénaristes vicieux, nous avons cherché ce qui pourrait déstabiliser une famille aimante ; l’argent. Presque pour nous excuser d’avoir eu le privilège de ce bonheur. Oui, la comédie dénonce mais avec beaucoup d’amour. Le film parle d’un problème de générations, d’espérance, de foi dans un projet politique…de cet engagement. Sous le couvert d’une comédie, nous avons abordé la place des sentiments et de leur permanence dans une famille, la place de chacun et ce que chacun vaut ou pense valoir par rapport à l’autre …C’est un film sur l’argent, la famille et la morale, mais lui-même ne donne aucune leçon de morale. »

Un huis clos ouvert

Chers parents (Amusez-vous à réfléchir au titre après avoir vu le film) est un huis clos ouvert. Tout se passe à l’intérieur d’une maison familiale mais en relation avec la place du village et l’extérieur. La maison permet de concentrer l’intensité des relations, jusqu’à cette scène étonnante et révélatrice filmée, elle, dans une 4L. On retrouverait presque dans le processus adopté pour la mise en scène un chouia de sadisme : l’univers clos.

Emmanuel Patron révèle que le film, tiré de la pièce déjà écrite à 4 mains avec sa sœur, ne se voulait pas, au départ, une comédie. Ce sont les réactions du public qui ont révélé cette dimension inattendue.  Les meilleures comédies ne seraient-elles pas douces amères, entre l’obscurité et le soleil ; contrastées ? Référence à Bacri / Jaoui au passage.

La valeur de l’argent

Le film balaye large, dès le titre. Puis s’enchaînent décalages, jeux de miroirs, quiproquos, mises en abyme, revirements, toute la mécanique du théâtre servie par de bons dialogues. «  Heureusement que je t’aime » est une clé de voûte dans ces échanges à fleurets non mouchetés. Ou bien «  Prof, c’est pas mineur de fond ». Et encore, docteur Freud «  Le coup est parti tout seul. Je ne voulais pas tirer », après «  J’ai pas de mec depuis trois ans ». Puisque de Freud il est question, relevez dans le film la relation entre l’argent et les toilettes.

Le film pose des questions fondamentales. La transmission, le partage, l’héritage, les fameuses «  valeurs ». De quelle somme faut-il disposer pour être heureux ? Comment évaluer ce que l’on vaut ? L’argent est-il la mesure de tout ?

Et la tendresse, bordel ?

De huis clos ouvert il a été question. Le son contribue essentiellement à cette dimension. Celui des « bêtes de l’herbe » comme écrirait Prévert. La présence d’un sanglier demeure mystérieuse, à moins que ce ne soit symboliquement l’image de la goinfrerie… Malgré tout l’emporte la tendresse et ce lien inexpliqué avec quelques lignes de Rimbaud :

« C’est un large buffet sculpté ; le chêne sombre,
Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens ;
Le buffet est ouvert, et verse dans son ombre
Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants. » 

Chers parents aurait pu être subventionné par le ministère des transports qui aurait ainsi montré toute la dimension de son humour. Il pourrait être remboursé par le ministère de la santé car il vaut quelques séances de thérapie familiale.