En immersion

 En immersion

5 novembre 2023 Non Par Paul Rassat

Immersion : « désigne qqc. qui, dans un liquide, subit un mouvement descendant ». Immerger : « Mettre entièrement dans l’eau ou dans quelqu’autre liquide. » « Se plonger dans une ambiance, une occupation, jusqu’à s’y oublier entièrement. » Eureka ! se serait écrié Archimède en découvrant son théorème. Eureka ! car il n’était pas totalement en immersion sinon il aurait bu la tasse dans sa baignoire en s’écriant. Il n’avait d’ailleurs pas encore pensé, à ce moment-là, comment il nommerait sa découverte.

Immersion, piège à cons ?

Il est aujourd’hui de bon ton d’être en immersion. Une exposition doit vous plonger en immersion. Le succès de la guerre que fait la Russie à l’Ukraine ? Une totale immersion dans la confusion, des fake news, de la manipulation. Et que dire de la bande de Gaza ? Combien de personnes-des vraies gens- sont en immersion dans l’horreur la plus totale ? Horreur qui fait écho à une autre. Plus nous vivons coupés de la réalité, des faits, de la temporalité plus on nous propose une pseudo immersion. C’est le principe de la télé réalité qui, peu à peu, remplace toute forme de réalité. Les émissions de télé ne sont pratiquement plus diffusées en direct. La réalité est conservée dans des musées et le monde enregistré prend le pas sur l’instantané. Mais, nous dit-on «  Il faut partager ! » Partager nos émotions devient le but « ultime ».

Partageons !

Eh oui, partageons nos émotions, en elles soyons en immersion. Ceci évite d’avoir à partager équitablement emmerdements et bénéfices divers. Ce partage ressemble fort au tour que raconte Rabelais. Un « faquin » mange son pain devant la rôtisserie parisienne du Petit-Châtelet « à la fumée du roust, & le trouvoist ainsi perfumé grandement savoureux  ». Cet homme de peu se réjouit de changer le frugal en festin, grâce aux effluves délicieux et caramélisés des sucs de volaille qui imprègnent sa mie et la transcendent de tout l’imaginaire du banquet. Le rôtisseur laisse le faquin s’enivrer des odeurs, puis le prend au collet pour lui réclamer son dû et le sommer de payer « la fumée de son roust ». Au grand dam du portefaix, qui s’insurge que l’on puisse revendiquer une fumée dispersée en pleine rue.    

Le son de l’argent        

La foule s’en mêle. On débat sans trouver de réponse : le pauvre a-t-il été nourri, oui ou non, par le fumet des poulets ? Son pain magnifié rend-il son plaisir débiteur ? On délègue un fou qui fait autorité pour les départager. Un Diogène du xvie siècle. Cet éclairé fait sonner une pièce d’argent aux oreilles du rôtisseur, puis le déclare payé de son fumet au « son de l’argent ».

Le son des émotions

À défaut de nous payer de nos efforts, la société du spectacle politique et économique nous paye en émotions. À nous de les partager pendant que d’autres se partagent le «  roust ». Pendant ce temps, d’autres débattent des dangers ou des bienfaits du barbecue.

Image

L’image réalisée par Franz Schimpl symbolise l’humanité en immersion dans la nature. Le principe est le même qu’avec les écrans et les réseaux sociaux : s’immerger sans se mouiller. Prochainement, Talpa compte lancer une gamme de parfums «  En immersion »: la plage, le barbecue, le débat politique, le paradis fiscal, l’odeur de sainteté… À suivre.