Énonciation pas Top
27 mars 2026L’énoncé est ce que l’on dit. L’énonciation est, en linguistique, le réseau de relations qui permet à cet énoncé d’exister. Qui parle, à qui, quand, où ? Pourquoi ? Comment ?
Ancrage
Une autre dimension de l’énonciation est son ancrage dans le temps. Si je déclare le 26 mars 2026 : « Hier j’ai mangé des poireaux », c’est que je les ai mangés le 25 mars 2026. Mais si je fais cette déclaration le 12 avril, je ne pourrai plus dire « Hier ». De même, si j’écris : Il cherchait à savoir : « Es-tu venu hier ? », au discours direct, ceci donnerait au discours indirect : « Il cherchait à savoir s’il était venu la veille. » Bien d’autres exemples seraient possibles, comme les deux qui suivent.
— « Je suis allé au cinéma hier. » Hier implique un aujourd’hui, il y a un lien temporel entre le moment de l’énonciation et les faits : j’emploie le passé composé.
— En 1515 eut lieu la bataille de Marignan. Le passé simple s’impose parce qu’il n’y a pas de maintenant de l’énonciation.
Saisonnalité
La gastronomie vante la saisonnalité des produits. Légumes de saison, fruits de saison, saisons des séries à la télé. Top Chef n’y échappe pas. Aux plats gourmands et malins s’ajoutent désormais le dressage laser et l’utilisation du produit dans son entièreté. « En entier » est tellement simple ! « Dans son entièreté » ajoute du volume. Adam et Eve au paradis n’étaient pas entièrement nus, mais nus dans leur entièreté.
Ancrage et saisonnalité
L’épisode du 25 mars commençait par cette annonce du présentateur de Top Chef. Le vainqueur de l’épreuve verrait son « menu signature » mis en vente « dès demain » ! Mais quel demain puisque l’émission est enregistrée longtemps à l’avance ? Le temps de la monter comme une mayonnaise et de faire le maximum de volume avec la matière de départ. Voici une émission qui vante la saisonnalité et ne la respecte pas.
Et puisque d’énoncé et d’énonciation il est question, voici une émission qui parle beaucoup. Même les chefs, pourtant rodés, ont tendance à se répéter ; sans doute parce qu’ils font tapisserie. Alors que dire des candidats ? On pense aux sportifs interviewés autrefois, qui n’avaient pas été formés à la communication. C’est dommage.
