Grenades assourdissantes
31 octobre 2026A — Le ministre de l’Intérieur ne ménage pas les oreilles internes. Il autorise, sous certaines conditions, l’utilisation des grenades assourdissantes.
B — Et alors ?
A — Les gens manifestent parce qu’ils ne s’entendent pas avec le gouvernement, qui ne les entend pas. Le gouvernement est déjà sourd aux revendications des manifestants. Ajouter des grenades assourdissantes à cette mésentente, c’est un non-sens.
B — Une fausse note ?
A — Une fausse note qui ajoute à la cacophonie.
B — Que fait le chef d’orchestre pendant ce temps ?
A — Il tente de séparer les musiciens et les partitions au lieu de rechercher l’harmonie.
B — Paraît même que certaines forces de l’ordre participeraient au désordre.
A — Cela dit, tout désordre entraîne un retour à l’ordre.
B — Oui, mais à quel ordre ? Celui d’avant ? Un nouvel ordre ?
A — Qui ne serait pas ordre nouveau.
B — Chacun a sa définition de l’ordre, qui lui est propre parce qu’elle vient de son expérience, de ses repères et de ses intérêts.
A — C’est pourquoi il y a des forces de l’ordre ! Pour faire respecter celui de l’État, qui sert tout le monde.
B — Par ruissellement et autres calembredaines.
A — Fariboles.
B — Sornettes.
A — Billevesées.
B — Balivernes.
A — Fadaises.
B — Et autres coquecigrues.
A — Je crois que nous avons presque fait le tour des expressions disant la sottise.
B — La bêtise.
A — La crétinerie.
B — L’imbécilité.
A — L’ânerie.
B — L’âne n’est pas sot. Il est têtu. C’est pour cette raison que l’homme, cet animal qui veut toujours imposer sa volonté aux autres, le trouve bête.
A — Il serait bon de savoir ce que les ânes pensent des hommes.
B — Ils nous trouvent peut-être hommes comme des hommes, après tout.
A — Pourquoi « Après tout » ?
B — Comme ça, pour dire.
A — Pour dire quoi ?
B — Je ne sais pas ! Pour dire !
A — Si tu cries, on ne va plus s’entendre.
B — Il faut pourtant bien conclure.
A — En citant Desproges. « L’ennemi est bête, il croit que c’est nous l’ennemi ».
