La forge de l’Afrique
31 août 2026Très court entretien avec Felwine Sarr après son intervention du 28 août 2028 à Hurigny. Il y est question de la Forge de l’Afrique, entre tradition et fabrication.
D’Afrotopia aux forges
J’ai pu entendre dans les années 70 / 80, à Dakar, des propos comme ceux que vous venez de tenir ici à Hurigny. Qu’est-ce qui a évolué depuis ? Les Forges sont un appel à la concrétisation de certaines idées.
L’idée des Forges est une réponse que j’apporte à Afrotopia, l’imaginaire, réinventer, etc. Durant 10 ans les gens m’ont dit « Comment on fait pour matérialiser les imaginaires, pour réinventer le politique, l’économique, le social ? » Au départ, je ne voulais pas répondre parce que je considérais que c’était une question d’ordre intellectuel, philosophique et politique sur les formes de vie. Je n’étais pas censé donner le mode d’emploi, comme celui d’un meuble en kit à monter. C’est à chacun d’inventer le sien.
Et puis je me suis demandé « Est-ce qu’on peut fabriquer le présent ? » Si oui, où est-ce qu’on le fabrique ? Dans des lieux, des ateliers, des usines, des forges ?
Le rapport à la vie
En redéfinissant et en réinventant l’Afrique, vous faites aussi bouger l’Europe, si tout se passe bien.
Je ne sais pas. C’est l’Afrique qui m’intéresse comme lieu. Mais la question de « Quel présent on invente pour le monde ? » est globale. Quel rapport à la vie on veut voir advenir ? Que fait-on pour qu’il advienne dans la réalité ?
Le temps des intellectuels, de la pensée n’est pas celui du peuple.
Au Sénégal, vous avez beau être un intellectuel, vous n’êtes pas coupé de votre famille, de votre village. Vous n’êtes pas dans une bulle. La vraie question est celle du temps de dissémination des idées pour qu’elles amènent à l’action transformatrice. C’est toujours un grand défi. L’intellectuel doit en avoir conscience et faire sa part du travail.
Le terme « forges » revêt une signification particulière au Sénégal.
Je l’ai choisi en référence à l’un de mes grands parents. Il a dû créer une forge à cause d’un handicap au pied. Après avoir été un champion de lutte il a créé une forge pour pouvoir travailler assis. Il a créé des outils pour le village. C’est de là que m’est venue l’idée. Celle de la fabrique, au-delà de ce que représente traditionnellement le forgeron en Afrique.
L’autre en soi
Impossible, à la suite de cet article et du précédent sur la rencontre de Mamadou Diouf et Felwine Sarr, de ne pas rappeler l’erreur fondamentale du discours que fit Nicolas Sarkozy à Dakar. Il soutenait que les Africains ne sont pas suffisamment entrés dans l’Histoire. Laquelle ? Celle du monde occidental dont le fonctionnement montre actuellement les dégâts et les limites ? Pour écrire sa propre Histoire, encore faut-il que les autres vous en laissent la possibilité. Pour voir l’autre différemment, il faut aussi accepter de se voir différemment ; de se remettre en question.
Peut-être les thèses de Cheikh Anta Diop cesseront-elles un jour de faire sourire les Occidentaux, comme dans les années 80. L ’aventure ambiguë » que Cheikh Amidou Kane était venu présenter un jour au Lycée Van Vollenhoven aura-elle suffisamment infusé dans les esprits afin d’aider à forger l’Afrique.
