L’art sans le poids de l’art
5 janvier 2026Dans L’empreinte par contact Georges Didi-Huberman cite P. Cabannes, Entretiens avec Marcel Duchamp. « …J’ai peur du mot « création ». Au sens social, ordinaire, du mot, la création, c’est très gentil mais au fond, je ne crois pas à la fonction créatrice de l’artiste. C’est un homme comme un autre, voilà tout. C’est son occupation de faire certaines choses, mais le businessman fait aussi certaines choses, comprenez-vous ? Le mot « art », par contre, m’intéresse beaucoup. S’il vient du sanscrit, comme je l’ai entendu dire, il signifie « faire ». Or tout le monde fait quelque chose et ceux qui font des choses sur une toile, avec un cadre, s’appellent des artistes. Autrefois on les appelait d’un mot que je préfère : des artisans. » Duchamp, c’est l’art sans le poids de l’art.
P. Cabannes relève que Marcel Duchamp s’intitulera en 1935 « technicien bénévole, ou qu’il installera l’Exposition Internationale du Surréalisme.
Suffit-il de faire ?
Tout ceci pose une question fondamentale. Suffit-il de « faire » pour être un artiste ? Et plus particulièrement de faire dans un cadre ? Marcel Duchamp décida de faire dans un urinoir. Ce faisant il faisait sortir l’art de son cadre.
Faire œuvre d’artiste , ne serait-ce pas finalement faire, créer sans porter le poids de toute l’histoire de l’art, ni de la tradition, ni des préjugés qui l’accompagnent, ni de la hiérarchisation culturelle et marchande. Créer librement. Faire.
Échapper au contrat
En matière de livres, de films, il y a un contrat de lecture entre le créateur et le public. La production est une autobiographie, un roman policier, un roman sentimental, d’aventure, historique, un livre de recettes de cuisine, un film d’horreur, de science fiction… Le lecteur ou le spectateur doit savoir ce qu’il achète afin de ne pas être déçu. S’il aime les spaghetti, servons-lui des spaghetti. Carbonara, bolognaise, alle vongole…Mais toujours des spaghettis. Créer la surprise, oui, mais pas trop ! On risquerait l’insuccès commercial. Ce serait comme pisser dans un violon
Mon premier est un assassin,
Mon second est un assassin,
Mon troisième ne rit pas jaune,
Mon quatrième n’est pas rapide,
Mon tout est le plus célèbre auteur de charades à tiroirs.
Réponse : Victor Hugo. Vic, parce que victuailles,tor parce que le tortue, hu parce que urinoir et go parce goéland.

