Le Boiseleur

Le Boiseleur

17 novembre 2022 0 Par Paul Rassat

En deux volumes Le Boiseleur fait le tour de toutes les questions qui touchent à l’art. Les mains d’Illian d’abord, L’esprit d’atelier ensuite. Une suite était prévue. La disparition d’Hubert a changé ce plan de travail. Un court résumé en donne l’esprit. Il a été réalisé avec Fabien Vehlmann, auteur de l’album Les derniers jours d’un immortel.

La transmission

La disparition d’Hubert, l’appoint offert par Fabien Vehlmann posent la question de la transmission. Celle-ci apparaît même comme une mise en abyme entre la fiction et la vie. Le Boiseleur illustre la nécessité de la transmission qui doit être remise en musique par celui qui la reçoit. On rejoint là la notion véritable de tradition. Celle-ci, étymologiquement, est ce qui se transmet. La tradition est vivante, elle passe par des individus vivants. Or le carcan scolaire, universitaire, bourgeois, la paresse intellectuelle ont transformé la tradition en un poids figé. La transmission aussi.

Être soi-même un néologisme, un hapax.

Le titre de ces albums n’est pas indifférent. Il constitue un néologisme qui colle à l’esprit de l’ouvrage. L’artiste s’invente, il s’invente avec ce qu’il reçoit. Le Boiseleur, plus qu’un conte, est un récit initiatique qui parcourt toutes les étapes nécessaires à l’accouchement de soi. Il a beaucoup été question, avec la disparition de Pierre Soulages, de la définition de l’artiste. L’artisan sait où il va, l’artiste pas toujours. Quelle est la relation avec la réalité ? Copie, interprétation, vérité, vraisemblance ?

Être soi, pleinement

Le héros, Illian, devient artiste en appliquant, en vivant cette formule de son vrai maître «  Tes mains seront occupées tout autant que ton esprit ». Le précédent lui avait enseigné la technique qui permet de reproduire avec quelques variantes toujours les mêmes motifs. Illian avait commencé à s’en libérer. Il y parvient totalement en renonçant à toute forme d’hubris et en se rendant disponible à son art. « La sculpture est l’énergie qui met l’espace en mouvement autour de la matière. Le vide est aussi important que le plein. »

Trouver le mouvement, la danse

« La sculpture, c’est la manière dont la matière façonnée de la main de l’homme se noue avec l’espace qui l’entoure, le tend, le tord autour d’elle et l’anime d’une tout autre façon. » Le corps et l’esprit occupés à la même activité, le plein et le vide en mouvement grâce à l’énergie qui les relie et s’y déploie, l’art ne serait –il pas une histoire d’amour ?

L’art et l’amour

Peut-être est-il possible de tirer une idée de ce qu’est l’art, à la lecture du Boiseleur. Pas une copie de la réalité, plus qu’une interprétation de celle-ci, un approfondissement, un enrichissement de soi, de notre relation aux autres et au monde. Un voyage comme nous y invite la fin ouverte du deuxième volume. La part faite à la femme y est belle, encourageante, agréable à partager. Il faut dire que la narration, le texte et le dessin se marient à merveille.