Le Cabaret Voltaire

Le Cabaret Voltaire

3 juin 2026 0 Par Paul Rassat

Le Cabaret Voltaire, de Kent & Bocquet est un tour de force réussi. Rendre un tel tourbillon, une telle effervescence d’idées, de créativité, de rencontres ! Garder par le dessin, le rythme cette explosion et donner en même temps autant d’informations de manière vivante, à hauteur de vies humaines !

« Zurich, printemps 2016. Au cœur d’une Europe en flammes, un groupe de jeunes gens clament l’insoumission des esprits et la révolte des sens. » peut-on lire en 4+ de couverture.

La langue

« Nous estimons que les institutions bourgeoises-juridiques, politiques, culturelles-ont constitué une grammaire de guerre…C’est pour cela que nous publions des poètes qui bouleversent la syntaxe traditionnelle. » Il est même question de « poésie sans mots ». Plus tard Victor Kemplerer notera comment la langue nazie modifiera l’Allemagne. À traiter Trump de président d’Amérique, on lui reconnaît un pouvoir qu’il n’a pas. Une actrice et réalisatrice qui connaît le succès parlait récemment de quelqu’un qui avait « vraiment upgradé le texte » et de deux acteurs qui avaient déjà eu « un date ».  Une révolution de notre langue ne serait pas superflue.

Expérimentations tous azimuts

Expérimentations de toutes sortes, bricolage, échecs, succès jalonnent l’aventure du Cabaret Voltaire qui recoupe tous les mouvements de l’époque. On y retrouve Ubu, le Dadaïsme, la révolution, le pacifisme, le cubisme, l’expressionnisme…Tout se joue dans la rencontre directe avec le public. « …ce que je veux, c’est que l’art investisse l’espace. Tout l’espace ! Sonore et visuel ! » La hiérarchie dans les supports de création s’efface : broderie, peinture, musique, danse, chant, dentelle, tissage.

L’art secoue la société

« Nous ne voulons pas copier la nature…nous voulons produire. Reproduire c’est imiter. Oui nous voulons produire comme une plante qui produit un fruit. » Le rôle des femmes dans cette aventure est essentiel, même si elles ne bénéficient pas de la même reconnaissance que les hommes, en général. De même que se pose la question d’être une femme, une mère et une artiste.

Pourquoi la révolution par l’art ? Parce que ce qu’a écrit Voltaire en 1773 était encore d’actualité en 1916 ; et l’est toujours en 2026 : « …Des fureur des humains, c’est ce qu’on doit attendre. Mais ce que l’avenir aura peine à comprendre, Ce que vous-même encore à peine vous croirez, Ces monstres furieux de carnages altérés, Excités par la voix des prêtres sanguinaires, Invoquaient le Seigneur en égorgeant leurs frères, Et le bras souillé du sang des innocents, Osaient offrir à Dieu cet exécrable encens. » En réponse, la Danse macabre « La bataille est notre maison close / Notre soleil est notre sang/ La mort est notre vie et notre mot d’ordre. »

On voit passer dans ce livre des gens connus. Tristan Tzara, Jean Arp, Picasso, Max Jacob, Modigliani, Arthur Rubinstein, Lénine. D’autres aussi, parmi lesquels des femmes !