Le droit à la paresse secoue la Chine

5 juillet 2021 Non Par Paul Rassat

Madame Récamier par David. En avance sur la paresse chinoise !

Paresse et résistance

De Chine nous parvient un mouvement d’autant plus intéressant qu’il repose sur l’immobilité: la revendication du droit à la paresse. Les jeunes Chinois protestent contre l’exploitation par le travail en restant couchés. Se coucher ne signifie donc pas capituler, ni s’allonger. C’est un acte de résistance et de revendication du droit à l’existence. Travailler 12 heures par jour, six jours sur sept est une soumission aux dieux Travail, Consommation, Économie, Exploitation. Le paradoxe qui consiste manifester couché est intéressant, non ? Il nous rappellerait presque le « Travailler plus pour gagner plus. » « C’est seulement en s’allongeant que l’homme peut prendre la mesure de toute chose » dit un jeune Chinois.

Oisiveté

Pour notre bon Voltaire « L’oisiveté est mère de tous les vices. » C’est oublier que l’oisiveté vient étymologiquement de l’otium romain signifiant loisir, repos, oisiveté, paix, calme mais aussi méditation, loisir studieux menant à la philosophie et à l’écriture. Le travail envahissant nos vies et seul leur donnant sens en nous procurant un statut et de quoi subvenir à nos besoins, l’oisiveté est inévitablement devenue un divertissement au sens que lui donne Pascal. Un détournement des choses essentielles. Un vide. Une vacance pendant laquelle on se piétine aux mois de juillet et août pour faire le plein. De quoi ? De ressorts nécessaires pour affronter le travail. Se conjuguant avec l’otium, le negotium ( littéralement la négation de l’otium : neg-otium) mène au négoce, aux affaires, à l’occupation.

Le droit à la paresse

Amusons-nous de l’allégorie tirée du livre de Paul Lafargue Le droit à la paresse . « La France capitaliste, énorme femelle, velue de la face et chauve du crâne, avachie, aux chairs flasques, bouffies, blafardes, aux yeux éteints, ensommeillée et bâillant, s’allonge sur un canapé de velours ; à ses pieds, le Capitalisme industriel, gigantesque organisme de fer, à masque simiesque, dévore mécaniquement des hommes, des femmes, des enfants…la Banque à museau de fouine, à corps d’hyène et mains de harpie, lui dérobe prestement les pièces de cent sous de la poche…Aristote prévoyait que «  si chaque outil pouvait exécuter sans sommation, ou bien de lui-même, sa fonction propre, comme les chefs-d’œuvre de Dédale se mouvaient d’eux-mêmes… ; si par exemple, les navettes des tisserands tissaient d’elles-mêmes, le chef d’atelier n’aurait plus besoin d’aides, ni le maître d’esclaves. »

Où va le produit du travail ?

Le film de Chaplin, Les temps modernes, date de 1936. Les machines, épaulées depuis par les ordinateurs, ont largement remplacé le travail humain et accru la productivité. À quoi et à qui sert véritablement ce « progrès » ?

Voir à propos de travail :

https://talpa-mag.fr/dossier-travail-2-argentrevenu-partage-spectacle/