L’eau qui dort, exposition

L’eau qui dort, exposition

25 mai 2026 0 Par Paul Rassat

L’eau qui dort, exposition collective, 14 mai-31 juillet 2026


Anna COULET, Philippe DOMERGUE, Marie HAVEL, Safia HIJOS, Jérémy LIRON

Entretien avec Juliette Belleret, commissaire de l’exposition.

Le thème de l’exposition dont vous êtes la commissaire est « L’eau qui dort ». On pourrait lui associer aujourd’hui une interrogation sur la culture qui dort et dont il faudrait se méfier.

Surtout dans des contextes où les expositions ne sont pas toujours soutenues, les projets de moins en moins portés même financièrement. Artistes, commissaires ou organisateurs doivent se battre pour de meilleures conditions de travail.

La polémique à Cannes, la suppression des budgets de la culture ici ou là… Je pensais aussi au fait que notre relation à la nature est liée à une culture sur laquelle on se repose sans la remettre suffisamment en question. Avec les artistes que vous exposez, vous rassemblez nature et architecture, mémoire et rapport au réel, la ruine et la notion du temps, les tensions entre nature et culture, l’histoire naturelle et humaine. Le mot « questionnement » est à la mode. Ici, il semble pertinent.

Oui, nature et culture est un binôme de pensée assez répandu, un antagonisme auquel on a beaucoup recours en cours de philosophie. Ces questions ont quasiment été une commande lorsque j’ai été invitée à penser le commissariat de cette exposition. Je les ai abordées avec mon bagage de philosophe et de spécialiste de la littérature. Pour moi la nature est avant tout le principe du changement. J’ai voulu produire une exposition qui réponde à une attente, qui montre des paysages réalisés par des artistes, en accord avec ce à quoi on peut s’attendre à Perpignan pour l’arrivée des beaux jours ; j’ai souhaité y apporter aussi de la pensée et de la mise en mouvement : d’où ce questionnement philosophique sur la contradiction nature-culture.

Votre formation en philosophie apporte une approche que n’aurait peut-être pas une personne issue uniquement du sérail artistique.

Mon travail d’écriture est plus général ; récits, recherches. Le commissariat est une manière d’écrire différente parce qu’elle est incarnée. [Un paysage dans le paysage, une mise en abyme des mots dans l’art] C’est une écriture qui se tient face à des œuvres de la même manière que se tient le spectateur face à ces œuvres, qui rejoint la manière dont on se tient face à la nature, face à quelque chose qui nous dépasse. Plus que de retrouver un contact avec la nature, il s’agit de déployer tous les contacts possibles, éventuellement d’en inventer de nouveaux, réfléchir à toutes les possibilités : contact physique, en pensée. D’où la multiplication des mediums artistiques dans cette exposition, pour que chacun puisse à sa manière, à son endroit, proposer une mise en présence du paysage et de la nature par différentes techniques et différents mediums.

Vous parliez d’écriture de récits.

Il m’intéresse de restituer sous la forme narrative la pensée de l’exposition telle que je l’ai conçue. Le catalogue de l’exposition raconte la visite telle que je l’imagine, la perçois et la ressens. Je propose une traversée sensible de l’exposition, traversée dans l’espace et dans le temps.

Il y a des façons de parler de soi, de sa perception du monde sans restreindre celui-ci à un « Je ».

On a de plus en plus recours au récit, à la narration sous différentes formes. Il ne s’agit pas pour moi de m’inscrire dans un courant ou un autre ; je restitue mon expérience de cette façon. Un récit implique un titre, comme une exposition. Tout le monde connaît l’adage « Il faut se méfier de l’eau qui dort ». Ne pas le citer entièrement nous plonge d’emblée dans le propos de l’exposition. Certains spectateurs ont la référence, d’autres non et ils restent dans une sorte de premier degré qui leur convient très bien. Il n’empêche qu’il y a là-dessous quelque chose qui remue.

La photographie représente un paysage de Jérémy Liron, vu lors d’une exposition que lui consacrait la Fondation Salomon, à Annecy. Eau, ciel?