L’Éducation nationale a besoin de soutien

L’Éducation nationale a besoin de soutien

2 avril 2025 0 Par Paul Rassat

Comme un marronnier l’Éducation nationale revient régulièrement sur le devant de la scène. Un tutu, quelques pointes et puis s’en va. Professeur de 1974 à 2012 j’ai vu passer pas mal de tutus et de pointes. Des réformes réformant les réformes précédentes que l’on n’avait, par chance, pas eu le temps de mettre en place. Voici un témoignage sur le fonctionnement erratique de la nationale éducation. Il y est question, au passage des groupes de niveaux. De toutes les solutions testées dans un collège de Nanterre au fil des années, avec un suivi très attentif des élèves, il ressortait que la seule efficace est la tenue d’études dirigées. Efficace, mais pas de quoi apposer le nom d’un ministre sur l’initiative.

Mail envoyé le 10 novembre 2008 au Rectorat de Grenoble, à M. L’IPR chargé de la formation.

Bonjour,

Je m’intéresse pour des raisons professionnelles et personnelles à l’accueil des enfants à QI élevé dans le cadre scolaire ; c’est pourquoi j’ai contacté depuis juin 2007 le rectorat de Grenoble, le Ministère, l’IA d……….afin qu’une formation soit proposée aux enseignants. Un stage d’établissement était prévu l’an dernier mais n’a pu avoir lieu car le formateur se serait désisté à la dernière minute…Nous avons donc organisé fin juin une séance d’information sur le sujet, bien décidés à programmer un stage d’établissement en 2008/2009…à condition que nous trouvions nous-mêmes un formateur…qui accepte les rémunérations de l’Education nationale ! L’affaire semble bien mal engagée, d’autant plus que l’administration de notre établissement a mis en compétition notre demande avec une formation aux premiers secours. Je me bats depuis des années pour que soient reconnus les enfants à QI élevé, et que ceux qui rencontrent des difficultés soient aidés. Il ne s’agit pas d’une démarche élitiste puisque ce qui peut fonctionner pour eux est aussi pertinent pour une grande partie des autres élèves en difficulté. Peut-être le corps des IPR pourrait-il promouvoir ce genre de réflexion et d’action, en nous aidant à trouver un formateur, en organisant des journées de réflexion, en suscitant des démarches …Ceci épargnerait quelques dépressions et tentatives de suicide, permettrait de mettre en place des démarches plus économes et plus efficaces que les ¨PPRE, par exemple….

                                                                                Sentiments distingués

P. Rassat

Réponse de l’IPR ( Inspecteur pédagogique régional)

Cher collègue,

Je veux bien ne pas tenir compte de votre pointe assassine contre les PPRE qui, quoi que vous en pensiez, font la preuve dans l’académie de……………de leur efficacité et de leur rigueur exemplaire ( je suis un des organisateurs de ce dispositif pour lequel le Rectorat a dégagé des moyens non négligeables). Veuillez s’il vous plaît vous connecter sur le site académique du Rectorat, onglet « espace pédagogique » puis « PPRE », et vous pourrez vous en faire une opinion mieux fondée.

En dépit de cette attaque fort injuste, je veux bien prendre en considération votre question sur les élèves intellectuellement précoces. Là non plus votre argumentaire n’est pas sans faille, puisque nous venons précisément de faire, sous l’autorité de l’IA-DSDEN d………………., une inspection pluridisciplinaire attentive dans un établissement qui accueille des élèves de ce type, depuis 11 ans, à………………………………….. ;tel………………………………..Le projet est solide, la philosophie loin d’être élitiste, et l’accompagnement des élèves attentif. Je vous recommande de prendre contact avec cet établissement qui, même s’il est privé et……………., offre aux élèves dont vous parlez les conditions d’un accueil bienveillant et favorable. Disposant d’un internat, il pourrait répondre à votre souci tout à fait légitime, dont l’Inspection Pédagogique Régionale ne se désintéresse pas, croyez-le bien. Les enseignants qui sont impliqués dans le projet pourraient également répondre à vos questions concernant la formation des enseignants, ou les démarches pédagogiques les plus efficaces.

                 Cordialement à vous
                                    …………………….IPR de Lettres

Réponse retournée  à l’inspecteur

Bigre et bonjour, Monsieur l’Inspecteur

Serait-ce un sacrilège de penser qu’on peut améliorer les PPRE, y inclure un petit quelque chose pour les EIP ? Il est vrai que si leur efficacité et leur rigueur sont déjà exemplaires il doit être difficile d’en parfaire le fonctionnement. Après avoir participé au fil du temps à des activités de remédiation , de soutien, de modules, de groupes de niveau, de cycles en trois ans, après avoir enseigné le français langue première à des étrangers, le FLE en CLAD, sévi en ZEP, en lycée, en collège, je suis heureux d’apprendre que nous tenons la solution miracle….Je connaissais l’existence de quelques établissements….mais ne pensais pas avoir à les contacter personnellement pour arriver à faire organiser un stage d’établissement sur un thème qui touche une population scolaire estimée à 400000 élèves. J’aurais pu croire que vous auriez eu en votre possession les informations que je sollicitais auprès de vous, vous qui avez participé à une « inspection pluridisciplinaire attentive » qui s’est vraisemblablement intéressée à la formation des enseignants.

Je me demande, Monsieur, comment vous pourriez ne pas penser le plus grand bien des PPRE puisque vous avez participé à leur mise en place . Je suis même certain que toutes les informations qui vous remontent du terrain confirment votre appréciation.

Je vous remercie enfin d’évoquer l’internat. Notre fils aîné a été scolarisé à Paris, où l’équipe pédagogique lui a fait sauter une classe de maternelle. À notre arrivée à………..il a « redoublé » une classe de maternelle** ( !) au simple vu de son âge. Contactés l’inspecteur du secteur, l’inspecteur d’Académie, le ministre de l’époque* sont demeurés sans réaction. Toute sa scolarité s’est déroulée sur ce mode chaotique…….L’internat, pour lui, c’est trop tard. Notre 2° garçon se débat avec les consignes et l’ennui  en classe de 1°. Nous n’avons jamais rencontré la moindre écoute concernant nos deux enfants et, dans la plupart des cas, il vaut mieux taire leur particularité. Pour un sujet dont l’Inspection Pédagogique  « ne se désintéresse pas », il reste  beaucoup à faire !!! Et si je cite le cas de nos enfants, c’est surtout pour souligner que sans eux je n’aurais  peut-être pas pris conscience de l’importance du problème.

J’ai été particulièrement heureux, cher collègue, de retrouver dans votre réponse le style pédago-administratif « Je veux bien…je veux bien…Veuillez s’il vous plaît…Je vous recommande » qui me fait espérer davantage encore d’une retraite qui se profile mais avant laquelle j’aurais souhaité obtenir un résultat concret pour les EIP.

Cher collègue, je vous souhaite de garder la même qualité de foi pour toute la suite de votre carrière.

Paul Rassat.

PS : Cette réponse à la réponse de l’IPR est demeurée sans réponse.

* Le ministre était François Bayrou.

** Nous avons appris par la suite que les  capacités de notre fils déstabilisaient son enseignante, ce qui était régulièrement sanctionné par des violences verbales et physiques.