L’insensé
7 novembre 2026L’insensé, de Manu Larcenet est de ces livres lumineux qui n’ont qu’un seul défaut. Ils brillent tellement qu’ils risqueraient d’obscurcir les autres. Ce n’est pas le cas avec celui-ci. Il ouvre au contraire à la réflexion, à des liens dont tous plongent dans la plus profonde humanité.
Dans tous les sens
L’insensé est celui qui est pris de folie. Celui qui n’a pas le sens commun, qui n’est pas sensé. Et pourtant, Francis, le personnage principal et presque seul de cet album, est relié par tous ses sens à la nature, à la création. Au commencement était la Lumière ! Avant le Verbe, qui pose problème à Francis. On connaît la formule « Heureux les fêlés car ils laissent passer la lumière. » Il laisse passer la lumière au point de devenir lui-même lumière dans l’obscurité de la vie.
L’art ?
Cette inversion des valeurs, des repères entre la vie normale et la folie pose la question de l’art. « Après tout, une œuvre n’est qu’une obsession que l’on structure. » L’obscurité de l’esprit laisse mieux passer la couleur. La création est un jeu d’ombres et de lumières. L’art est-il un mensonge ou bien répond-il à Nietzsche « Nous avons l’art pour ne pas mourir de la vérité. » Et Manu- Francis d’enchaîner « Je suis un artiste pathologique. »



La vie, quelle folie !
Notre époque pose la question de l’ordre. Certains veulent l’imposer ; d’autres le contestent. L’artiste soutient « Lorsque le trait est à sa place, je suis à la mienne. » Les choses ne valent que par les liens qu’elles créent entre nous et que par ceux que nous créons avec elles. Dans l’appréciation que nous en avons. Une merveilleuse anecdote le traduit. Francis et Yannick mangent en pleine nature des sandwichs préparés par celui-ci. Francis — C’est délicieux. Merci pour ce moment parfait, Yannick. Et celui-ci de répondre — C’est juste de la salade, Francis. »

Le monde est tissé de la lumière que nous recevons et de celle que nous renvoyons.
