Orphée et Eurydice

Orphée et Eurydice

20 mai 2026 0 Par Paul Rassat

Que dit le mythe d’Orphée et Eurydice ?

Le jour de leur mariage, Eurydice est mordue par un serpent (symbole !). Elle meurt et se retrouve aux Enfers. Orphée est un musicien célèbre, il charme les fans et même les animaux. Il descend aux Enfers après avoir endormi Cerbère à force de berceuses. Orphée poursuit son tour de chant pour charmer le dieu des lieux ainsi que la meuf de celui-ci. Il repart, suivi d’Eurydice qui sera sauve si elle garde le silence sur le chemin du retour et si Orphée ne se retourne pas. Perdu d’avance !  Une nana qui garde le silence ! Un mec qui ne s’inquiète pas pour sa meuf ! Bonjour les clichés. (En image la porte à tambour qui illustre la théorie de l’éternel retour de Nietzsche: la solution pour Orphée et Eurydice, Eurydice et Orphée, Orphée et…)

Changement de point de vue

Anne Dufourmantelle revoit le mythe du point de vue d’Eurydice. De la femme. On pourrait penser benoîtement que le symbole du serpent orienterait l’interprétation ainsi : Eurydice passe de l’état de jeune fille vierge à celui de femme, et ne pourra jamais revenir en arrière. On ne se baigne pas deux fois dans la même pureté. Quant à Orphée, responsable de ce changement d’état, ne voudrait-il pas garder indéfiniment ce qu’il a changé ?

Dans Éloge du risque, au chapitre Au risque de traverser l’Enfer (Eurydice) Anne Dufourmantelle écrit « Orphée se retourne et c’est la vision de son corps à lui que tu reçois, c’est sa fragilité d’être vivant qui répond au désir que tu reçois et ça les Enfers le savaient, ils savaient qu’il ne pourrait pas ne pas se retourner puisqu’il t’aimait. Il n’y avait pas de chance. C’est ça l’enfer-le temps retourné à sa fatalité. »

La parole comme espace de mouvement

Interdite de retour aux Enfers, Eurydice est condamnée à errer. « Tu es Eurydice, celle à qui la mort fut refusée, sur qui la renaissance s’est refermée. » Eurydice habite désormais entre les mots, à « l’endroit où le mot rencontre le réel… Risquer l’espace du désir, je veux dire vraiment sa métaphore vive, l’espace qui le sépare de ce après quoi il languit, être, corps, mémoire, sens de la vie, guérison, reconnaissance, ce à quoi ouvre la métaphore, c’est un autre espace, l’espace possible de la parole. »

Belle « déconstruction » et bien au-delà.