Presque tout
27 mai 2026Quelques impressions tirées de la lecture du livre de Pierre Arditi Le souvenir de presque tout. Presque, c’est l’étape avant le tout, on s’en approche. Pour Pierre Arditi « un artiste…c’est quelqu’un qui regarde pour les autres ». Pas d’un point de vue supérieur mais pour ouvrir la voie. À propos de regard, le père de Pierre était peintre. Revient l’étoile de David, « un œil de son œil sur un monde qu’il s’ingéniait à traduire et qui ne lui parlait pas. » Les strates de peinture sur la palette roulante sont « stigmates » recouverts par des couches de peintures écrasées, superposées, viscères de ce que les « autres » verraient : la Toile ! » Passer de la réalité des objets aux objets peints ouvrait à l’infini, à l’immortalité. À « un monde dans le monde qui n’aurait pas de fin. »
Boulimie de vie
De mise en abyme en mise en abyme, de palimpseste en palimpseste, d’image en représentation « La quête de l’Autre est une quête de soi-même » …qui consiste à courir derrière un devenir moi. » Et Pierre Arditi de citer pour notre bonheur Laurent Terzieff « Le théâtre, ce n’est pas ceci OU cela, c’est ceci ET cela. « Rappel de la conversation avec Michael Edwards pour qui la question n’est pas « Être ou ne pas être » mais « Être et ne pas être. ». D’où une boulimie d’Arditi pour la nourriture, les objets, le jeu sur scène, à l’écran… Jean-Michel Ribes nous avait dit un jour qu’il écrit pour se désennuyer. Pierre Arditi fait de sa boulimie une barrière contre la solitude.
Il s’agit aussi de tromper le temps, la mort. Chaque fin de représentation (nous sommes toujours dans l’image) n’est-elle pas une petite mort triomphante qui fait pétiller cette dernière phrase lisible sur la 4° de couverture « Né en 1944, Pierre Arditi est comédien et acteur. » ?
