Gunnar le vampire
28 mai 2026Nicolas Dumontheuil nous livre un Gunnar le vampire sérieusement délirant. Sérieusement parce qu’on note ici ou là quelques références, que lui-même avoue. Ingrid Bergman et le septième sceau, ou bien Murnau, en matière de films Häxan, Le cabinet du Docteur Caligari, d’autres. Le soutien de Dominique Bertail a—t-il participé au résultat en matière de dessin ? Le mouvement est permanent, en parfait accord avec le délire de cette histoire de vampire. Bon sang ! Woody Allen, de Gaulle sont de la partie. On entrevoit Don Quichotte et Sancho Pansa.
Oxymore, mon amour
Ce délire de vampire ne recule devant rien. Pas même devant l’oxymore d’une vampiresse sanctifiée. C’est que le héros est atypique. Si dans Les ails du désir de Wim Wenders, c’est un ange qui devient humain et renonce à l’éternité, ici c’est un vampire atypique, Gunnar, qui fait le même chemin. Il supporte la lumière, « sociabilise ». Il a de l’humour. Gunnar entre dans le café du bled en demandant « Un pichet de sang humain à 37°, s’il vous plaît Jeanine. Avec sa belle mousse violette ». Alors qu’il mange fruits et légumes, se nourrit à l’occasion de sang, sa ration lui est fournie par des personnes consentantes. Il repousse même les avances d’une jeune fille prête à se faire mordre.



Le monde à l’envers
Nicolas Dumontheuil illustre à merveille ce thème fondateur du carnaval : le monde à l’envers. Ainsi que d’autres thèmes comme les excès, les masques, les défilés…Cette inversion sert de révélateur. Elle fait ressortir les travers de la société, ses petitesses, ses préjugés et ses turpitudes. Les enfants demeurant des enfants dans tous les contextes, on croise Delphine et Marinette de Marcel Aymé, et ceux de l’école demandent à Gunnar si un vampire fait caca. Quant aux chasseurs de vampires, ils finissent chassés.
Sous cette farce tourbillonnante pointent quelques thèmes de réflexion très profonds : le bien et le mal, Dieu, la mort, l’inné et la possibilité de lutter contre sa propre nature ; l’amour. « En 600 ans, tu es la femme que j’ai le plus aimée » déclare le héros à Marthe de qui la vie se termine. Qui peut en dire autant ?
À noter, vamp, femme fatale qui vide les hommes de leurs moyens, vient de vampire.
