Un jeudi pour Darwin

Un jeudi pour Darwin

30 mars 2024 0 Par Paul Rassat

Il y a longtemps, le jeudi était le jour sans école ! Le jour de l’évolution libre, un jeudi pour Darwin libre de toute répétition. La répétition pédagogique, la répétition de la punition. Le film de Mathieu Baillargeon est un chant de liberté poétique.

Le jeu d’échecs

Nous savons que la vie est une partie d’échecs dont l’issue est connue d’avance. Échec final. Cheikh mat : le roi est mort, échec et mat ! Vive le roi, on l’enterre façon Courbet à Ornans. Annecy devient l’origine du monde. Mais son lac presque à sec nécessite le lubrifiant de la poésie. Celle-ci jaillit d’entre les interstices de la répétition quotidienne et soporifique. Les paysages, les rues que l’on croit connaître prennent alors un autre chemin, celui de l’aventure. L’accident-ce qui arrive-est bienvenu. L’incongru fait sens. Ah ! la vie sans tuto ! Le tuto qui tue toute spontanéité.

Un p’tit grain

« Un p’tit grain de fantaisie » chantait Boby Lapointe. Ce petit grain de fantaisie nous viendrait, selon Raphaël Gaillard d’un chouïa de gène qui aurait distingué Cromagnon de Néandertal. Cette infime différence a autorisé chez Cromagnon cette souplesse qui a permis l’évolution, mais en même temps ces écarts que l’on pourrait nommer folie. « Un p’tit grain de fantaisie, youpi, youpi ! » Les images du film apportent ce grain qui éloigne et rapproche à la fois le spectateur en une connivence artistique et poétique. Lui répond le petit grain du personnage principal atteint d’une rupture d’empathie, cette pathologie qui se chope via les écrans enfermant nos vies au lieu de les ouvrir.

Décalages

D’où de permanents décalages. D’image, de son, de sens, de paroles, de silences, de tempo. » — Vous vous sentez seul ? — Seulement quand il y a du monde. » Ce décalage poétique nous soustrait à la dictature émotionnelle du monde, au GPS envahissant qui devient plus humain que certaines gens. Le décalage devient tel qu’on ne sait plus trop s’il faut trouver des réponses à ses doutes ou bien des doutes à ses réponses. On ne sait pas où on va, mais le GPS nous y mène. Mais il faudrait plutôt s’inapproprier le monde pour partir à l’aventure.

Je vous tire ma référence

Comme cette œuvre cinématographique, poétique, visuelle et sonore ( le son y est primordial) n’est pas résumable, et c’est tant mieux, elle ouvre à un univers de références. Parmi celles-ci, l’écriture de Michel Vinaver qui s’émerveillait du quotidien. La référence de Pierre Soulages à Jean de la Croix en matière d’aventure.

Détourner

Puisque la partie est jouée d’avance, autant en détourner les règles pour la rendre poétique. « École élémentaire, mon cher Darwin ! »